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Article du 19/02/2008

Kosovo : Un petit nouveau


Depuis dimanche, la carte du monde compte un nouvel Etat, le Kosovo. Du moins, cela dépend de la personne qui regarde le planisphère.
En effet, la décision unilatérale de la province du Kosovo de proclamer son indépendance ne plait pas à tout le monde.
Parmi les heureux, figurent une majorité de pays de l’UE et les Etats-Unis ont entériné lundi ce nouvel état de fait.
Principal soutien de l’accession du Kosovo à l’indépendance, les Etats-Unis ont estimé que le nouveau statut de la province serbe à majorité albanaise apporterait « la paix » dans les Balkans.
Les chefs de la diplomatie française, allemande, italienne et britannique ont annoncé en rafale qu’ils allaient reconnaître ce nouveau micro-Etat issu de l’ex-Yougoslavie. La reconnaissance formelle de la France et de la Grande-Bretagne a suivi dans la soirée. Le gouvernement doit se réunir demain pour faire de même.
Quatorze autres pays européens ont annoncé leur intention de reconnaître également ce nouvel Etat, même si la décision formelle pourrait prendre encore plusieurs semaines.
D’autres sont plus réticents. En Europe, il s’agit de Chypre (confrontée au séparatisme de Chypre Nord), de l’Espagne (à la souveraineté contestée au pays Basque et en Catalogne), de la Grèce, de la Roumanie et de la Slovaquie qui ont indiqué qu’ils ne franchiraient pas le pas, du moins pour l’instant. Ils contestent la légitimité d’une indépendance qui pourrait encourager les séparatismes chez eux et à travers le monde. Le Canada ou la Chine craignent également que l'indépendance du Kosovo n’encourage les séparatismes.
Le mécontentement est encore plus fort en Russie et en Serbie et les observateurs craignent que cette décision politique du Kosovo pousse la Serbie dans les bras de la Russie. Moscou a d’ailleurs soutenu fermement Belgrade en bloquant à l’ONU toute résolution qui aurait légitimé cette indépendance. La résolution 1244, adoptée en juin 1999 à la fin de la guerre entre les troupes serbes et la guérilla indépendantiste kosovare albanaise, donnait mandat à l’ONU pour administrer le territoire avec l’aide de l’OTAN, sans se prononcer sur le statut futur de la province.
Pour leur part, les décideurs européens ont tenu à rappeler dans leur déclaration commune que tous les pays des Balkans - dont le Kosovo mais aussi la Serbie - ont « une perspective européenne » et donc vocation à rejoindre un jour l’Union Européenne.
Mais cette perspective ne suffira sans doute pas à apaiser la colère de la Serbie qui a rappelé son ambassadeur à Washington, sans annoncer de représailles similaires contre les Européens. Sur place, des milliers de Serbes du Kosovo ont manifesté hier contre l’indépendance dans les localités où ils sont majoritaires. La force de l’OTAN qui assure la sécurité au Kosovo depuis 1999 (Kfor) s’est déployée après des incidents à deux points de passage entre la Serbie et la partie nord du Kosovo où vivent quelque 40 000 Serbes, sur un total de 120 000 restés au Kosovo après la guerre.
Autre annonce qui pourrait attiser les tensions : l’UE va envoyer au Kosovo une mission de 1 900 policiers et juristes avec de « larges pouvoirs » pour construire une société démocratique et multi-ethnique. L’Union devrait également s’engager à investir « un milliard d’euros » d’ici 2010 pour développer l’économie kosovare, minée par le chômage et la corruption.

Le nouvel Etat fait ses premiers pas

En attendant, le Kosovo ne cache pas son impatience. Il devait approuver aujourd’hui ses dix premières lois d’Etat indépendant, la première portant sur la création d'un ministère des Affaires étrangères.
Le diplomate en chef de l’UE, Javier Solana, devait également aujourd’hui être le premier haut responsable étranger à se rendre au Kosovo.

Francebourse.com – Alexandra Voinchet, avec AFP


 
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