Négociation sur la pénibilité au travail : réunion de la dernière chance
Article du 25/03/2008
Patronat et syndicats vont tenter mardi de sauver la négociation sur la pénibilité au travail, lors d'une réunion qui s'annonce pour les syndicats comme celle de la dernière chance, à quelques jours du début de la concertation sur les retraites.
Trois ans après son lancement, la négociation semble s'enliser et même effectuer « un retour en arrière » selon les syndicats. La dernière proposition patronale a consisté à entamer un état des lieux des salariés susceptibles d'être concernés par la mise en place d'un dispositif de départ anticipé à la retraite, s'ils ont été exposés à de trop fortes pénibilités (charges lourdes, environnement agressif, etc).
« On n'a plus le droit d'être optimiste dans une négociation qui a pris cette trajectoire et ce rythme », reconnaît Jean-Louis Malys (CFDT), mais « on y va avec entêtement et volontarisme ».
Théoriquement, une seule et dernière réunion est prévue le 21 avril, mais certains syndicats n'excluent pas de poursuivre, si la réunion de mardi « s'engage sur la bonne trajectoire. Sinon, le 21 avril sera l'enterrement de cette négociation », explique la CFDT.
« On va voir si le patronat fait des propositions qui vont dans le bon sens », précise Jean-Louis Malys, souhaitant notamment que le Medef « indique explicitement qu'il y aura une cessation anticipée d'activité » pour ceux exposés à de fortes pénibilités.
Le patronat a en effet changé d'avis à plusieurs reprises sur la question. Après en avoir accepté le principe, il a proposé début février un mi-temps en fin de carrière, dénoncé par les syndicats comme « un recul ».
Lors de la dernière réunion, début mars, le chef de file du Medef, François-Xavier Clédat, a finalement évoqué trois dispositifs possibles, en fonction des pénibilités subies: « allègement de la charge de travail » (mi-temps ou temps partiels), départ anticipé (mais seulement pour une « fraction » de salariés), ou un mélange des deux.
Pour Michelle Biaggi (FO), il est « urgent qu'on avance », estimant « qu'on n'a pas fait grand-chose en trois ans ». Pour elle, « si le patronat revient avec un accord de cessation anticipée d'activité et qu'il est acceptable pour tout le monde, on peut signer tout de suite ».
Danièle Karniewicz (CFE-CGC) se dit elle aussi « un peu sceptique à l'heure actuelle » sur la suite de la négociation, jugeant que « tous les facteurs sont là pour que l'Etat s'en mêle », à deux jours du début de la concertation sur les retraites entre le gouvernement et les partenaires sociaux.
Jean-Christophe Le Duigou (CGT) se demande de son côté « si le Medef utilise cette négociation comme moyen de contourner l'exigence de la mise en place d'un système ‘pénibilité’, ou s'il veut vraiment aboutir ».
Selon lui, « il y a un problème de crédibilité vis-à-vis des salariés », et les partenaires sociaux doivent accélérer, en se réunissant par exemple « une fois par semaine, de manière à pouvoir présenter un projet au gouvernement ».
Mardi, les partenaires sociaux doivent notamment essayer de se mettre d'accord sur les critères de pénibilité. Concrètement, ils doivent déterminer par exemple à partir de quels degrés de décibels et de quelle durée, une nuisance sonore peut être considérée comme pénible, et donc permettre peut-être une cessation d'activité précoce.
Les critères de pénibilité sont regroupés en trois groupes: contraintes physiques (charges, postures, vibration), environnement (toxiques, températures extrêmes, bruits, poussières et fumées, intempéries), rythmes de travail (travail de nuit, en alternance, déplacements fréquents).
Statistiquement, un ouvrier, plus exposé à ces nuisances, connaît une espérance de vie plus courte que les autres catégories professionnelles.