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Article du 23/04/2008

Pétrole : Producteurs et consommateurs impassibles face à la flambée des prix


Pays producteurs et consommateurs de pétrole sont incapables d’arrêter à court terme l’ascension vertigineuse des prix du brut, qui pourrait enfoncer davantage une économie mondiale en fort ralentissement, voire menacée de récession.
Les ministres du pétrole de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) et de pays consommateurs réunis au Forum international de l’Energie, qui s’est tenu à Rome de dimanche à hier, ont regardé passer les seuils de 117, 118 et 119 dollars en trois jours de conférence sans faire un geste. Dans leur déclaration finale, ils se sont contentés de se dire « préoccupés » par le niveau des cours et d’assurer que les ressources pétrolières et gazières étaient « suffisantes pour répondre aux besoins mondiaux ».
Depuis le début de la crise financière, le pétrole, et plus largement les matières premières, font l’objet d’une spéculation rampante de la part d’investisseurs qui cherchent à se couvrir de la baisse de la Bourse et du billet vert. Le directeur général de l’Agence internationale de l’Energie (AIE) a même jugé « possible » que la hausse du cours du baril provoque une récession mondiale alors que l’économie est déjà frappée de plein fouet par la crise des prêts immobiliers à risques.
Mais l’AIE, qui représente les intérêts énergétiques des pays consommateurs, a malgré tout cessé de demander à l’OPEP, comme elle le faisait il y a encore un mois, d’augmenter sa production, jugeant l’approvisionnement du marché « suffisant » à court terme. « La hausse des prix n’a rien à voir avec l’approvisionnement du marché », a aussi estimé le secrétaire général de l’OPEP, ajoutant que même si le cartel pompait plus cela ne ferait pas retomber les cours.
Les pays producteurs subissent d’autant moins de pression pour augmenter leur offre que la demande résiste étonnamment à la flambée du brut grâce à la croissance forte des pays émergents. Une aubaine pour eux car ils peuvent maximiser leurs revenus en produisant à pleine capacité.
Mais pour Lawrence Eagles, principal analyste de l’AIE, l’OPEP joue un jeu dangereux car la production éventuellement mobilisable par l’organisation (la capacité excédentaire), « coussin de sécurité du marché pétrolier », est « trop faible ». Le ministre saoudien du Pétrole Ali al-Nouaïmi, chef de file du cartel pétrolier, partage cet avis : « une capacité excédentaire de production limitée (...) représente la plus grande menace pesant sur l’approvisionnement en énergie ». Alors qu’elle atteignait 4 à 5 millions de barils par jour (mbj) au début des années 2000, la capacité de production excédentaire de l’OPEP est tombée à 2 mbj dont l’essentiel aux mains des Saoudiens qui estiment en faire assez et souhaitent voir d’autres producteurs investir. Pour Lawrence Eagles, si des incidents graves, géopolitiques ou climatiques, viennent dans les prochains mois perturber les approvisionnements ou si la demande est plus forte que prévue, les stocks des pays consommateurs ne pourront se reconstituer suffisamment pour répondre aux besoins à l’approche des migrations estivales ou de l’hiver.
A plus long terme, en ne faisant rien pour faire retomber les prix, l’attitude « dure » de l’OPEP risque aussi d’accélérer les transferts d’énergie, vers le nucléaire par exemple, et les économies d’énergie.
Les chocs pétroliers de 1973 et 1980 avaient commencé par une interruption de l’offre, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Mais la flambée des prix que ces chocs avaient générée avait conduit les années suivantes les pays industrialisés à réduire leur consommation de brut. Si bien que la demande avait fini par baisser, ainsi que les prix, tombés en 1999 à 10 dollars, au grand dam de l’OPEP.




 
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