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06/05/2008 - 09:21
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Le pétrole poursuit sa course aux records
Après une petite accalmie, le pétrole a repris sa course des records. Hier, l’or noir a pour la première fois de l’histoire touché les 120 dollars le baril. Et sa « marge de progression » ne semble pas être terminée, lance Ben Tsocanos, stratège à l'agence de notation financière Standard and Poor’s.
Le baril de « light sweet crude » est monté à 120,36 dollars vers 17h20 GMT sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), un niveau inédit depuis le début de la cotation du brut en 1983 à New York. Il s’est ensuite replié pour terminer la séance officielle à 119,97 dollars, ce qui constitue un gain de 3,65 dollars par rapport à son cours de clôture de vendredi.
A Londres, où s’échange une qualité de pétrole plus lourde et plus soufrée - et donc moins chère - un nouveau record a également été enregistré, le baril de Brent de la mer du Nord se hissant à 118,58 dollars. En fin de séance, il valait encore 117,99 dollars, un plus haut en clôture. Il a ainsi empoché 3,43 dollars par rapport à vendredi.
Des deux côtés de l’Atlantique, les prix de l’or noir ont quasiment doublé en un an.
Une tendance lourde au renchérissement dopée par des facteurs conjoncturels
Le mouvement de renchérissement du pétrole est général. Depuis quelques semaines, les cours du baril de brut battent leurs records sous l’effet soit de fondamentaux haussiers soit de facteurs conjoncturels tel l’effritement du dollar, qui rend moins chères les matières premières et pousse les investisseurs à se protéger de l’inflation.
Hier, la poussée de fièvre de l’or noir a été due à de nouveaux éléments conjoncturels. Des sabotages sur les installations nigérianes du groupe pétrolier Shell et un regain de tensions géopolitiques entre l’Occident et l’Iran, deuxième producteur au sein de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), ont ravivé les craintes du marché devant l’équilibre précaire entre une offre limitée et une demande en forte croissance. « Toute menace sur les disponibilités rappelle aux investisseurs que les capacités de production sont faibles, d’où la volatilité des prix », explique Eric Wittenauer, analyste chez Wachovia Securities.
Au Nigeria, des militants du Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (MEND) ont attaqué des installations pétrolières appartenant à Shell dans le sud du pays, a indiqué dimanche le mouvement armé. Quelques oléoducs ont été touchés et Shell, qui exporte environ 900 000 barils par jour (b/j) sur une production nationale de 2,5 millions b/j au Nigeria, a dû ralentir sa production, a indiqué un porte-parole du groupe. Huitième exportateur mondial de brut, le Nigeria ne produit plus depuis un an qu’un peu plus de 2 millions de b/j, soit un recul de 25 % de sa production normale, en raison de l’insécurité régnant dans les zones de production.
L’Iran, par la voix de son guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei, a pour sa part ranimé le bras de fer qui l’oppose à l’Occident, en affirmant qu’il allait poursuivre son programme nucléaire malgré les menaces des grandes puissances.
Au vu de ces craintes renouvelées sur les approvisionnements, « la bulle pétrolière n’est pas près d’éclater », estime Phil Flynn, analyste chez Alaron Trading, d’autant que les stocks mondiaux diminuent et que les économies des pays émergents - Chine et Inde en tête - consomment toujours plus d’énergie.
Le baril pourrait continuer de flamber
A ces éléments conjoncturels s’ajoutent des facteurs directement issus de la crise financière actuelle. Face à l’effondrement du secteur immobilier et le ralentissement de l’économie mondiale, « les investisseurs n’ont pas d’autre endroit que le pétrole pour placer leur argent et espérer une rentabilité », explique James Williams (WTRG Energy). Le pétrole est devenu une véritable valeur refuge dans la tempête financière alors que le cours du billet vert s’effrite.
Chaque baisse du billet vert, dans lequel sont libellés les prix des matières premières, alimente une nouvelle ruée des investisseurs munis d’autres devises (dont le pouvoir d’achat est ainsi augmenté) et qui veulent se prémunir contre l’inflation. En plus d’une stratégie de placements, la faiblesse du dollar, devenue chronique depuis plusieurs mois, renforce le pouvoir d’achat des investisseurs hors zone dollar, puisque la facture de l’or noir est libellée en dollars.
Il ne faut pas s’attendre à voir le pétrole retrouver ses niveaux de début 2007 (aux alentours de 50 dollars en janvier). Pour le ministre saoudien du Pétrole et chef de file de l’OPEP, Ali al-Nouaïmi, dans un entretien à la revue Pétrostratégies en mars, les prix du baril de brut ne tomberont plus sous une limite de 60 à 70 dollars.
Pis, ils devraient encore augmenter, prédit Mike Fitzpatrick (MF Global). « Tant qu’on n’aura pas dépassé les 125 dollars le baril, un répit n'est pas à envisager ».
Francebourse.com – Alexandra Voinchet, avec AFP
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