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La Fed sourcille sur l'inflation
Sans surprise, la Réserve fédérale américaine a laissé hier son taux directeur inchangé à 2 %. L’institution monétaire estime que les risques sur la croissance ont « quelque peu » diminué même s’ils « demeurent ». La menace de récession qui planait depuis quelques mois sur l’économie US pourrait s’être éloignée quelque peu. « L’activité économique continue de croître, traduisant en partie un raffermissement de la consommation des ménages », a relevé la Fed, en repoussant la possibilité d’une récession pour la première économie du monde.Pareille décision traduit une pause dans un long cycle baissier : la Fed a réduit son taux directeur de 3,25 points depuis l’été 2007 pour parer aux risques de récession et aux tensions sur les marchés financiers. Lors de sa dernière réunion, le 30 avril, la banque centrale avait encore abaissé d’un quart de point son principal taux directeur.
Sans surprise également, la Fed a tiqué sur l’inflation dont la poussée l’inquiète de plus en plus. Elle s’alerte en effet de l’accroissement des risques d’une relance de l’inflation. « Les risques haussiers en matière d’inflation et d’attentes d’inflation ont augmenté », pointe le Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC), dans son communiqué.
La banque centrale américaine se sent toutefois en mesure de dater un peu plus précisément que lors de sa précédente réunion l’échéance pour une modération des tendances inflationnistes. « Le comité s’attend à ce que l’inflation se modère plus tard cette année et l’année prochaine », avance-t-il. Il estimait encore fin avril que cette modération interviendrait « dans les prochains trimestres ».
L’inflation n’est toutefois pas le seul risque qui pèsera sur l’économie outre-Atlantique « au cours des tous prochains trimestres ». La Fed cite « les conditions de crédit restrictives, la poursuite de la contraction du logement et la hausse des prix de l’énergie ». C’est la première fois que la Fed cite ce dernier facteur dans ses prévisions. Ce nouvel élément, mentionné à deux reprises, est en partie à l’origine du fait que, selon elle, « les incertitudes sur les perspectives d’inflation demeurent élevées ».
Les responsables de la banque centrale américaine se trouvent confrontés à un cruel dilemme. D’un côté, l’accentuation de la crise du marché immobilier devrait peser sur la croissance économique dans les mois à venir mais, de l’autre, la hausse du prix du pétrole et des matières premières menace d’accélérer la hausse des prix à la consommation.
La Réserve fédérale américaine s’inquiète également de la situation du marché de l’emploi. « Les marchés du travail se sont affaibli davantage », relève-t-elle.
Cette fragilité du marché de l’emploi s’ajoute à celle des marchés financiers toujours « soumis à des tensions considérables », suivant une formule identique à celle de son précédent communiqué.
Le statu quo de la Fed pourrait-il durer dans ce contexte ? Les avis sont partagés. Rien qu’au sein de l’institution : une nouvelle fois, la réunion du FOMC a été marqué par des dissensions: le patron de la banque régionale de Dallas, Richard Fisher, le porte-drapeau des « faucons » au sein des instances dirigeantes de la Fed, a voté contre le statu quo, ayant préféré une hausse immédiate du taux directeur.
Les analystes sont également divisés. « La décision de la Fed ne change rien aux incertitudes du marché. Il n'y a pas là de quoi sauter de joie », a commenté Mace Blicksilver, analyste au cabinet MarbleHead Asset Management. Pour lui, « la Fed note certes que l’inflation a accéléré, mais elle dit n’être pas disposée à agir à court terme. C’est paradoxal ! ».
« S’il est clair qu’une baisse des taux n’est plus sur la table, on ne peut pas toutefois dire que la Fed est prête à s’embarquer dans un cycle de hausse des taux », abondent les analystes de la Société générale.
« Le communiqué est légèrement ‘faucon’ (anti-inflationniste) comparé à celui du mois d’avril. Mais un relèvement des taux dans un avenir proche est improbable », estime Satoru Ogasawara de Crédit Suisse. « Les anticipations d’une hausse des taux ont reculé » mais le marché estime qu’il y a encore une forte probabilité pour qu’une hausse ait lieu en septembre, poursuit-il.
Les économistes estiment que la banque centrale américaine se trouve dans une situation tendue en raison de la faible croissance économique et des risques haussiers en matière d’inflation.
« La Fed augmentera son taux d’intérêt seulement si l’activité économique repart et c’est peu probable lors des prochains trimestres », indique John Kyriakopoulos, analyste de NAB Capital.
Francebourse.com – Alexandra Voinchet, avec AFP
