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La demande de mandat d'arrêt contre Béchir provoque des réactions très diverses
Rejets, approbations, réserves, inquiétudes: des réactions très diverses ont suivi lundi la demande par le procureur de d'un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir pour génocide au Darfour.Immédiatement rejetée par le Soudan, désapprouvée par le Conseil de coopération du Golfe (CCG) et par la Communauté des Etats sahélo-sahariens (Cen-Sad), la demande du procureur aux juges de la CPI, dont la décision devrait prendre plusieurs mois, a reçu un soutien mesuré de l'Union européenne.
Les Etats-Unis ont appelé toutes les parties au calme, et l'ONU s'est déclarée inquiète pour le processus de paix au Soudan et pour la sécurité de ses personnels. L'Union africaine (UA) et la Ligue arabe ont annoncé des réunions d'urgence.
A Khartoum, le ministère des Affaires étrangères a rejeté l'initiative du procureur. "L'accusation contre le président ne tient pas du tout compte des efforts du gouvernement, des puissances régionales et de la communauté internationale" pour la paix au Darfour, a déclaré le porte-parole du ministère, Ali al-Sadiq.
Toutefois, elle ne dissuadera pas le Soudan de continuer ses efforts pour une solution politique au Darfour, a dit le porte-parole. Khartoum ne retirera pas non plus son soutien à la mission ONU-UA de maintien de la paix (Minuad), selon lui.
Peu après, la Minuad a annoncé dans un communiqué qu'elle allait évacuer son personnel non essentiel tout en conservant ses soldats sur place, "en raison de la récente détérioration des conditions de sécurité au Darfour". La Minuad avait eu sept morts et douze blessés dans ses rangs lors d'une attaque la semaine dernière.
Plusieurs groupes rebelles du Darfour ont salué la demande de mandat d'arrêt contre M. Béchir. Mahgoub Hussein, un porte-parole d'une faction de l'Armée de libération du Soudan (SLA), a ainsi évoqué une "victoire pour l'Humanité au Darfour".
La demande du procureur a aussi été saluée par des organisations non-gouvernementales occidentales de défense des droits de l'homme. Amnesty International y a vu "un pas important" vers la fin de l'impunité au Soudan.
Préventivement, l'ONU a relevé le niveau d'alerte pour son personnel au Darfour, et des ambassades occidentales ont recommandé à leurs ressortissants de limiter leurs déplacements au Soudan.
Avant même la demande du procureur, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, se déclarait très préoccupé par une éventuelle inculpation. "Cela aurait des répercussions négatives très sérieuses sur l'opération de maintien de la paix, y compris le processus politique", avertissait-il dans une interview au quotidien français Le Figaro.
M. Ban "attend du gouvernement du Soudan qu'il continue à coopérer pleinement avec les Nations unies, tout en remplissant son obligation d'assurer la sécurité des personnels et des biens de l'ONU sur son territoire", a ensuite indiqué son service de presse.
L'Union africaine s'est montrée inquiète. "Rien ne doit être fait qui puisse remettre en cause les processus de paix au Soudan, c'est dans ce sens que nous avons pris des mesures immédiates", a déclaré El-Ghassim Wane, porte-parole de la Commission de l'UA, annonçant une réunion d'urgence dans les prochains jours.
La Ligue arabe tiendra elle aussi, à la demande du Soudan, une réunion d'urgence au niveau ministériel samedi au Caire.
Le Conseil de coopération du Golfe s'est prononcé ouvertement contre une inculpation de M. Béchir. "Nous espérons que la CPI n'approuvera pas les accusations du procureur", a déclaré son secrétaire général, Abderrahmane Al-Attiyah.
Les 25 pays de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (Cen-Sad) ont également rejeté la demande du procureur de la CPI, qui pourrait selon eux "anéantir les efforts de paix menés par des organismes africains". Ils ont dénoncé "l'utilisation de cette cour à des fins d'ingérences dans les affaires intérieures des pays".
Les Etats-Unis, qui ne sont pas partie à la CPI, ont réagi avec une grande réserve. "Nous allons suivre la situation à La Haye et examiner ce que le procureur a demandé", a dit un porte-parole de la Maison Blanche, Gordon Johndroe. "Nous appelons instamment toutes les parties à garder le calme."
Le président George W. Bush est "profondément inquiet" de l'insécurité grandissante au Darfour, a ensuite indiqué la Maison Blanche, sans mentionner de commentaire de M. Bush sur l'initiative du procureur de la CPI.
A Bruxelles, le commissaire européen au Développement, Louis Michel, a estimé "important de mettre un terme à l'impunité qui entoure les crimes" au Darfour et a souligné "la nécessité pour le gouvernement du Soudan de coopérer sans réserve avec la CPI", nécessité également affirmée par plusieurs autres responsables européens.
La requête de M. Moreno-Ocampo est un "développement majeur" et il appartient à la CPI de l'étudier, a relevé M. Michel, "supposant" que les dossiers du procureur étaient "convaincants".
"La recherche d'une solution politique au Darfour et la mise en oeuvre de l'accord de paix Nord-Sud revêtent une importance stratégique", a déclaré la présidence française de l'UE.
