L'industrie du nucléaire secouée par un 2e incident dans la Drôme
Article du 18/07/2008
Deux ans après le vote de lois sur le nucléaire supposées apporter plus de transparence et de sécurité, une deuxième fuite radioactive dans le sud de la France en dix jours conduit le ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, à appeler à une "mise à plat" dans le secteur.
"Je veux tout remettre à plat", notamment dans "les dispositifs d'information, d'analyse et de sécurité", a assuré vendredi à la presse M. Borloo après les deux fuites, sans conséquences pour l'environnement, qui se sont produites le 7 juillet sur le site du Tricastin (Vaucluse) et le 17 à Romans-sur-Isère (Drôme).
La rupture d'une canalisation dans une usine exploitée par une filiale d'Areva à Romans-sur-Isère a causé jeudi un épanchement d'uranium d'une quantité comprise entre 120 et 750 grammes, selon l'Autorité de sûreté du nucléaire (ASN).
"Apparemment, tant qu'on est au coeur du sujet (la centrale nucléaire elle-même), on a l'impression qu'il y a une très, très grande rigueur. Mais quand on est sur le traitement des effluents, de l'eau, etc., on a le sentiment qu'il y en a moins (...) que la vigilance baisse", a estimé M. Borloo en citant le cas de la sous-traitance.
La canalisation à l'origine de la fuite dans la Drôme "n'avait pas été inspectée par l'exploitant depuis longtemps", a reconnu le directeur général de l'ASN Jean-Christophe Niel, lors d'un point presse. La rupture daterait même de "plusieurs années", selon l'ASN.
En juin 2006, le Parlement a approuvé deux projets de loi sur le nucléaire, l'un sur la gestion des déchets, l'autre sur la sécurité et la transparence.
M. Borloo a appelé jeudi le Haut Comité sur la transparence à "remettre à plat l'ensemble du système de procédures, évaluer l'ensemble des nappes phréatiques sous les installations nucléaires, faire le point sur les déchets nucléaires anciens".
Tous les acteurs (industriels, opérateurs, militaires ou associations) seront entendus d'ici à l'automne, a-t-il affirmé.
Le ministre a notamment insisté sur la "transparence" et la "réactivité" dont doivent faire preuve les responsables d'installations nucléaires en cas de problème. Sur le site du Tricastin (Vaucluse), la société Socatri avait mis plusieurs heures avant de prévenir les autorités nucléaires.
"Je mets un accent très fort sur la réactivité: le fait que l'opérateur doit informer immédiatement, pas trois heures après", a-t-il martelé.
A Romans-sur-Isère, les responsables ont immédiatement prévenu l'ASN. "Notre réactivité sur cette affaire a été accrue par l'émotion qu'il y a eu ces jours-ci", a noté le directeur général de l'ASN.
Pour Frédéric Marillier de Greenpeace France, "les incidents du Tricastin et de Romans-sur-Isère viennent nous rappeler une réalité toute simple: le nucléaire est une énergie polluante, dangereuse et mal maîtrisée".
France Nature Environnement a souhaité un audit public et indépendant de l'ASN, et l'ancienne ministre de l'Ecologie Corinne Lepage a réclamé "une évaluation socio-économique de la filière nucléaire en France".
"Ce sont des installations industrielles, et il y a donc forcément des incidents", ce qui permet d'améliorer les dispositifs de sûreté, a répondu devant la presse le directeur général de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), Jacques Repussard.
Ainsi, a souligné M. Borloo, le nombre d'incidents de niveau 1, le plus faible sur une échelle internationale qui en compte 7, était de "114 en 2006 et de 86 en 2007, soit une baisse de quelque 30%".