Zimbabwe: l'UE durcit ses sanctions malgré un début de sortie de crise
Article du 22/07/2008
L'UE a jugé mardi que la signature la veille d'un accord sur l'avenir du entre le président Robert Mugabe et l'opposition n'était pas suffisante pour relâcher la pression et a renforcé comme prévu ses sanctions contre le régime.
Les ministres européens des Affaires étrangères réunis à Bruxelles ont décidé d'ajouter à la liste de 131 Zimbabwéens déjà interdits de séjour dans l'UE, et dont les avoirs sont gelés, 37 nouveaux noms de personnes identifiées comme responsables des exactions perpétrées pendant la campagne présidentielle et d'hommes d'affaires soutenant financière le régime.
Pour la première fois, ils ont également visé quatre entreprises dont les avoirs en Europe seront également gelés.
La liste additionnelle ne sera rendue publique que lors de sa publication au Journal officiel, qui devrait suivre de peu la décision des ministres. L'idée est de ne pas permettre aux personnes et sociétés concernées de retirer leurs avoirs préventivement.
Les 27 ont pris la décision de durcir les sanctions contre Harare malgré la signature lundi par M. Mugabe et le leader de l'opposition Morgan Tsvangirai d'un accord qui les engage à négocier un nouvel ordre politique au Zimbabwe, paralysé depuis un simulacre d'élection présidentielle fin juin.
"Si on parle de réconciliation, cela prendra probablement dix étapes et commencer les discussions entre opposition et gouvernement est l'étape numéro un", a justifié mardi le ministre finlandais des Affaires étrangères Alexander Stubb à son arrivée à la réunion de Bruxelles.
"Bien sûr, nous saluons cette avancée (...) mais nous sommes loin de ce que nous attendons et nous allons maintenir la pression", a-t-il continué, assurant qu'il était "bien trop tôt pour discuter de toute suspension des sanctions".
"C'est mieux que rien, on espère maintenant que Tsvangirai sera le Premier ministre", a ajouté le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE.
"Les sanctions ont joué un rôle, il faut maintenir ce rôle", a-t-il également indiqué, soulignant qu'il n'était donc pas question d'"oublier les sanctions".
Le Royaume-Uni, en pointe pour réclamer le renforcement des sanctions, a de son côté espéré que cette nouvelle pression allait pousser à la démocratisation de son ancienne colonie.
Ces mesures "sont destinées à renforcer le dynamisme vers un gouvernement de transition pour refléter la volonté démocratique du peuple zimbabwéen", a ainsi expliqué le ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband, notant que cet accord n'était qu'une "première étape".
Malgré tout, l'UE devrait faire un geste mardi pour saluer le début de ce processus.
La déclaration politique que les 27 devaient adopter, en parallèle à la décision sur les sanctions, comportait en effet une nouvelle menace d'accentuer encore la punition du régime Mugabe si aucun progrès n'était réalisé "dans les prochaines semaines" vers la mise en place d'un gouvernement de transition, selon le projet de texte vu par l'AFP.
Mais les ministres pourraient adoucir cette formulation et retirer cette menace pour encourager les discussions entre MM. Mugabe et Tsvangirai, a estimé mardi un diplomate européen.
Les deux rivaux, qui ne s'étaient pas rencontrés en public depuis 1998, ont signé lundi le document dans un hôtel de Harare au côté du président sud-africain Thabo Mbeki, chargé par l'Afrique australe d'une médiation au Zimbabwe.
Le protocole d'accord fixe un ordre du jour très large pour les pourparlers et un objectif de deux semaines pour trouver un accord "sincère et durable" sur un "gouvernement élargi".
Des pourparlers entre pouvoir et opposition sur l'avenir politique du Zimbabwe doivent démarrer mardi en un lieu tenu secret près de la capitale sud-africaine Pretoria, ont indiqué des sources officielles et des participants aux négociations.
"Ils vont commencer plus tard cet après-midi, en un lieu non précisé", a déclaré Mukoni Ratshitanga, le porte-parole du président sud-africain Thabo Mbeki, médiateur mandaté par l'Afrique australe pour aider à une solution politique négociée au Zimbabwe.