Serbie: le recours contre le transfèrement de Karadzic au TPI attendu mardi
Article du 28/07/2008
Le recours déposé par Radovan contre son transfèrement vers le TPI de La Haye pourrait arriver à la justice serbe seulement mardi, le jour où l'opposition ultra-nationaliste veut organiser une manifestation à Belgrade contre la "traîtrise" du gouvernement.
"Le recours n'a toujours pas été remis au Tribunal (serbe pour les crimes de guerre)", a indiqué lundi en milieu d'après-midi la porte-parole du tribunal, Ivana Ramic.
"Je dirais qu'il est presque certain que le recours n'arrivera pas aujourd'hui, bien que je n'en aie pas la certitude absolue", a-t-elle ajouté, en faisant valoir que la journée était déjà bien avancée.
Une fois le Tribunal serbe pour les crimes de guerre en possession de ce recours, un panel de juges dispose d'un délai pouvant aller jusqu'à trois jours pour prendre une décision.
Par la suite, l'inculpé n'a plus aucune possibilité de recours et il revient au ministère serbe de la Justice de signer la décision sur le transfèrement.
Une fois le recours arrivé, tout peut par conséquent s'enclencher très vite.
L'avocat de l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Me Svetozar Vujacic, avait assuré dimanche que les autorités serbes feraient "tout leur possible" pour que "le transfèrement ait lieu avant mardi", le jour pour lequel le Parti radical serbe (SRS, ultra-nationaliste) a appelé à une manifestation à Belgrade pour protester contre l'arrestation de Karadzic et son transfèrement probable vers La Haye. Cette manifestation doit commencer à 19h00 locales (17h00 GMT).
Une députée du SRS, Vjerica Radeta, avait lancé dès vendredi une violente diatribe contre le gouvernement pro-européen du président Boris Tadic, le mettant en garde contre "la malédiction qui a accompagné tous les traîtres de l'histoire de la Serbie".
L'ancien Premier ministre serbe, le nationaliste Vojislav Kostunica, dont le Parti démocratique de Serbie entend soutenir la manifestation, a dénoncé l'"injustice" du Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie.
M. Kostunica est sûr de toucher ainsi une corde sensible dans l'opinion publique serbe qui considère en majorité le TPI comme une instance "anti-serbe".
Radovan Karadzic doit répondre devant ce tribunal de , crimes contre l'humanité et crimes de guerre pour son rôle pendant la guerre de Bosnie (1992-1995).
Entretemps, la presse serbe continuait de livrer son lot quotidien de révélations sur la vie clandestine de Radovan Karadzic.
Plusieurs journaux ont rapporté lundi que les services secrets serbes, mis sur la piste de Karadzic par un appel téléphonique anonyme, filaient "jour et nuit" l'ancien dirigeant des Serbes de Bosnie, qui vivait sous la fausse identité du Dr Dragan Dabic.
"Nous avons établi le contact avec lui lors d'un symposium tenu du 23 au 25 mai à Belgrade et depuis, plus de 50 agents" se sont relayés pour le surveiller 24 heures sur 24, mais la plupart d'entre eux ne savaient pas "de qui il s'agissait", a déclaré au quotidien Press une source policière ayant requis l'anonymat.
Seules quelques personnes étaient au courant de la véritable nature de la filature du faux Dr Dabic, à savoir les responsables des services secrets et le procureur pour les crimes de guerre, Vladimir Vukcevic, a rapporté le quotidien Vecernje Novosti.
La principale difficulté de cette enquête était tout simplement de vérifier si le docteur Dabic était effectivement Radovan Karadzic.
Selon le journal Press qui cite une source policière, les services secrets ont eu recours à un stratagème en envoyant chez le "Dr Dabic" deux agents se présentant comme un couple souffrant de problèmes de stérilité. Ils en ont profité pour subtiliser discrètement quelques cheveux du faux docteur, de façon à procéder à des vérifications d'identité par ADN.