Le président sud-africain Mbeki poussé à la démission par son propre parti
Article du 20/09/2008
Le président sud-africain Thabo Mbeki va démissionner à la suite de la décision du parti au pouvoir de lui retirer son mandat, victime des dissensions qu'il a lui-même entretenues avec son rival Jacob Zuma, auquel il entendait barrer la route de la présidence.
"Le président (Thabo Mbeki) se plie à la décision et va démissionner", a déclaré le porte-parole de M. Mbeki, Mukoni Ratshitanga, sur la radio privée 702 Talk Radio.
Le comité directeur du (ANC) - au pouvoir depuis les premières élections multiraciales en 1994 - a annoncé qu'il avait décidé de "rappeler le président de la République avant la fin de son mandat", qui expire au deuxième trimestre 2009.
M. Mbeki dirige le pays depuis 1999, lorsqu'il a pris la succession de Nelson Mandela.
Son deuxième mandat l'a vu affronter des critiques de plus en plus ouvertes, tandis que montait en puissance le camp du nouveau chef de l'ANC Jacob Zuma, censé représenter les intérêt des plus pauvres. En dépit d'une décennie de croissance, 43% de la population vit toujours avec moins de deux dollars par jour.
En décembre 2007, M. Zuma était élu président de l'ANC lors d'un congrès aux allures de coup d'Etat interne. Quelques jours plus tard, il était inculpé dans le cadre d'une affaire de pots-de-vin dans un contrat d'armement, alors que le dossier d'accusation avait été rejeté par la justice l'année précédente.
Le 12 septembre, le juge de Pietermaritzburg (sud-est) saisi du procès prononçait le non-lieu en faveur de M. Zuma pour vice de forme, et dénonçait des "interférences" au plus haut niveau auprès du Parquet national pour que le dossier aboutisse.
Aussitôt, l'ANC et les principaux alliés du tribun zoulou, dont la confédération syndicale Cosatu et le parti communiste, demandaient la démission du chef de l'Etat.
M. Zuma s'est toujours défendu en affirmant être victime d'un complot destiné à lui barrer la route jusqu'au siège présidentiel.
Selon le secrétaire général de l'ANC, Gwede Mantashe, la décision du l'ANC n'a "rien d'une punition mais vise à unir de nouveau le parti", profondément divisé par la lutte entre les deux hommes.
La démission du chef de l'Etat, à quelques mois d'élections générales qui devaient marquer une transition politique cruciale pour la jeune démocratie, plonge le pays dans la confusion, alors que les partisans de M. Zuma n'ont pas eu le temps de préparer la relève.
Plusieurs ministres clés du gouvernement Mbeki ont menacé ces derniers jours de démissionner à leur tour si le chef de l'Etat était poussé vers la sortie.
La Ligue de la jeunesse de l'ANC, fervent supporteur de M. Zuma, a déclaré que cette "décision ne doit pas créer une crise nationale (...) mais être comprise dans le cadre de notre développement démocratique".
Cette même Ligue de la jeunesse appelait il y a quelques mois à "mourir et tuer pour Jacob Zuma".
Pour le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), la décision de l'ANC "n'est certainement pas dans le meilleur intérêt" des Sud-africains.
Le chercheur en sciences politiques, Dirk Kotze, estime que la démission offre à M. Mbeki "l'issue la plus honorable". "Les deux autres options (un vote de défiance du Parlement ou son renvoi pur et simple par l'assemblée, avec une majorité des deux tiers) auraient été une humiliation".
La Constitution prévoit que le Parlement doive nommer un président par interim, ce qui implique la convocation d'élections anticipées, ou désigner un président en exercice qui mènerait le mandat de M. Mbeki à terme.
Le chef de l'Etat est nommé par le Parlement issu des élections générales, où l'ANC domine largement. Il s'agit traditionnellement du chef de l'ANC.
Le parti ne peut pas démettre directement le président de la République. Mais le chef de l'Etat "tire sa légitimité du fait qu'il a été choisi par l'ANC et pas d'un scrutin direct", a souligné M. Kotze.