Agression en Corse: deux suspects déférés pour "menaces à caractère raciste"
Article du 05/10/2008
Deux hommes soupçonnés d'avoir blessé trois jeunes gens d'origine maghrébine au fusil de chasse vendredi soir à Ajaccio ont été déférés dimanche au parquet pour avoir proféré des "menaces à caractère raciste" avant la fusillade, a annoncé le procureur d'Ajaccio.
"L'enquête sur la fusillade a révélé qu'une dizaine de jours auparavant, des menaces à caractère raciste avaient été commises par les individus placés en garde à vue", a indiqué José Thorel, le procureur d'Ajaccio, lors d'une conférence de presse.
Les deux hommes ont été déférés à 18H30 pour "menaces de mort et menaces de violence sur des personnes, à caractère raciste", a précisé le magistrat qui a demandé leur placement sous mandat de dépôt.
Un différend aurait opposé il y a quelques jours les deux agresseurs présumés à plusieurs jeunes au sujet d'une voiture taguée.
Selon un témoin, interrogé par l'AFP, l'homme interpellé samedi matin aurait brandi une arme et proféré des menaces racistes lors de cette altercation, déclarant: "Sales Arabes, je vais vous buter un par un, vous êtes tous sur ma liste", aurait-il dit. Cet homme de 44 ans, interpellé rapidement après les faits, est connu dans le quartier pour "des faits et des propos à connotation raciste", a souligné José Thorel.
Il a déjà été condamné à quatre reprises pour "des faits de violence aggravée, délit de fuite après un accident de la circulation, conduite sous l'emprise de l'alcool", a-t-il ajouté.
Le suspect nie avoir participé à la fusillade et se dit victime "de malveillances de la part de la communauté maghrébine", a précisé le magistrat.
L'enquête sur la fusillade, confiée à la PJ d'Ajaccio, se poursuit et les résultats des différentes analyses sont attendus en début de semaine, selon la même source.
"L'enquête pour tentative de meurtres n'a pas permis de rassembler suffisamment de preuves pour incriminer les deux gardés à vue", a expliqué le procureur. "Néanmoins des indices laissent penser qu'ils peuvent être impliqués soit directement soit à titre de complice", a-t-il dit.
Selon la même source, l'adolescent le plus sérieusement blessé par les tirs devrait être transféré sur le continent dans les prochains jours afin d'extraire le plomb qui s'est fiché dans son globe oculaire.
Boxeur confirmé dans un club ajaccien, son parcours sportif risque d'être compromis en cas de mutilation.
Le procureur général près la cour d'appel de Bastia, Paul Michel, s'est rendu dimanche à Ajaccio afin de rencontrer les victimes et leurs familles, saluant leur "attitude exemplaire de sérénité".
Vendredi soir, les trois adolescents avaient été blessés par quatre tirs de fusil de chasse, dans un quartier populaire sur les hauteurs d'Ajaccio, alors qu'ils prolongeaient dans le calme, sur un terrain de sport du quartier, la fête de l'Aïd el-Fitr, qui marque la fin du ramadan.
Samedi soir, pour enrayer la tension naissante, les trois victimes ont lancé un appel au calme qui a été entendu, la nuit de samedi à dimanche s'étant déroulée sans heurts.
Cette agression a suscité de nombreuses condamnations notamment de la part de la ministre de la Justice Rachida Dati, de la secrétaire nationale du PCF Marie-George Buffet, du président UMP de l'Assemblée de Corse Camille de Rocca Serra, du Parti socialiste et de plusieurs associations.