Un rappel de la Prius aurait de lourdes conséquences pour Toyota
Article du 07/02/2010
Le rappel envisagé par Toyota sur sa très populaire Prius risque d'avoir des conséquences financières significatives pour le constructeur japonais et d'être difficile à mettre en place vu les millions de véhicules qu'il s'est déjà engagé à réparer, estiment les analystes.
Le premier constructeur automobile mondial, qui a avoué avoir eu connaissance depuis cet automne d'un défaut dans le système de freinage hydraulique de la nouvelle Prius, mise en vente en mai, a affirmé que le défaut avait été corrigé en janvier en usine.
La question est maintenant de savoir si un rappel sera nécessaire pour les véhicules vendus auparavant.
Selon le quotidien économique Nikkei, le premier constructeur automobile mondial s'apprête à rappeler au Japon et aux Etats-Unis quelque 270.000 exemplaires de la dernière génération de la Prius aux Etats-Unis et au Japon.
Mais le président du groupe Akio Toyoda, qui a donné vendredi sa première conférence de presse depuis le début de la crise, n'a pas mentionné de rappel de la Prius. "J'ai donné des instructions pour qu'une solution soit trouvée le plus rapidement possible" à ce problème de freins, a-t-il simplement indiqué.
Toyota "essaie de déterminer la meilleure manière de résoudre le problème pour les véhicules déjà sur le marché. Un rappel ne sera pas forcément la décision finale", a indiqué vendredi à l'AFP un porte-parole de la branche américaine du groupe, Brian Lyons.
"Ils sont dans une situation difficile. Je ne suis pas sûre qu'il aient une solution pour réparer les voitures déjà sur le marché. En tout cas ils ne l'ont pas dit", note Michelle Krebs, analyste du site spécialisé Edmunds.com.
Le ministère des Transports américain (DoT) a ouvert jeudi une enquête sur les problèmes de freins de la Prius, mais n'a pas encore décidé de demander à Toyota de procéder à un rappel sur ces véhicule, en plus des deux autres déjà effectués par le constructeur.
"La difficulté, c'est que selon la législation américaine, si vous annoncez un rappel et que vous n'avez pas de solution, vous devez arrêter de vendre les voitures concernées", poursuit Michelle Krebs.
Rebecca Lindland, analyste de IHS Global Insight, pense de son côté que Toyota dispose d'une solution pour réparer les véhicules concernés "sans faire de rappel", mais note que le constructeur se heurterait à un défi logistique, "alors qu'ils doivent déjà réparer des millions de véhicules", poursuit-elle. Ils "sont sous une telle pression qu'ils seront peut-être forcés de le faire", ajoute cette analyste.
Toyota a déjà rappelé plus de 8,2 millions de véhicules dans le monde en raison de problèmes d'accélération involontaire causés par une pédale d'accélérateur et un tapis de sol qui coincent.
Un rappel de Prius, voiture la plus populaire au Japon et qui compte pour la moitié des voitures hybrides vendues aux Etats-Unis, aurait aussi d'importantes conséquences financières pour le groupe.
Tandis que Toyota a insolemment relevé ses prévisions de bénéfices jeudi malgré ses déboires, Mme Lindland observe que ces résultats "n'ont pas pris en compte les problèmes de la Prius".
"Il y aura un impact financier significatif", renchérit Mme Krebs, même si elle estime que Toyota "peut le supporter". "Il a encore une marque forte. Et puis Audi et Ford ont survécu à leurs rappels" d'il y a quelques années, ajoute-t-elle. "Il va être fortement affecté à court terme mais il fait en sorte de protéger l'image de leur marque à long terme", insiste John Humphrey, analyste du cabinet JD Power.
"Il est trop tôt pour penser que Toyota va faire faillite ou même qu'il va être durablement affaibli", conclut Mme Lindland.