Perte du triple A : Jean-David Haddad répond à vos 4 grandes questions
Article du 16/01/2012
Ce vendredi 13 aura donc été fatal à la France qui a perdu son triple A de Standard&Poors. C'est un non-évènement. Non seulement on s'y attendait, mais on se dit : "enfin!". Notre pays ne méritait plus son triple A. C'est un beau pied-de-nez que S&P fait à Fitch (controlée par des capitaux français), qui venait de déclarer que la France garderait son triple A en 2012.
Je vais donc tenter de répondre aux questions que vous vous posez face à cela.
1-Est-ce un cataclysme pour notre pays?
Non, la France n'est pas en zone de danger immédiat, il y a de la marge. J'ai fait une moyenne des taux 10 ans sur les OAT de quelques pays de la zone Euro. Le taux indiqué ci-dessous est un taux moyen des OAT 10 ans constaté sur les 3 derniers mois :
Grèce : 18%
Portugal : 12%
Irelande : 8.5%
Italie : 7%
Espagne : <6%
France : 3.2%
Les taux de notre pays sont cependant significativement supérieurs à ceux de l'Allemagne, de près de 2%, ce qui nous pénalise pour le financement de notre dette.
Il sera intéressant de voir comment ces taux vont évoluer au cours des prochains jours. Et surtout jeudi 19 janvier, où il y aura une adjudication de bons du trésor. Je vous en reparlerai à ce moment là.
En tous cas, vendredi, sur le marché secondaire, les taux ne bougaient pas par rapport à jeudi, alors que la rumeur était connue.
N'oubliez pas que la France passe de AAA à AA+, ce qui revient de passer de 20/20 à 18/20.
N'oubliez jamais non plus ce qui s'est passé sur le marché américain, où tout le monde s'est affolé : depuis que l'oncle Sam a perdu son triple A, les taux obligataires ont baissé au lieu de monter! Et l'économie a été relancée. L'éléctrochoc a créé aux USA une sorte de vague d'optimisme et de croyance en l'avenir... Evidemment ce ne sera pas le cas ici, car notre peuple est par définition (et statistiquement) un des plus pessimsites du monde : l'an dernier deux études l'ont confirmé dont une publiée par Gallup International en fin d'année. Nous sommes plus pessimistes que les irakiens ou les nigerians!!! Il faut dire que c'est compréhensible vu que nous avons tout : la sécu, le fonctionnariat et donc la sécurité de l'emploi pour 7 millions d'entre nous, la télé, le home cinema, plusieurs voitures par foyer... Ah oui, les français ont de quoi être pessimistes : pendant plusieurs années ils n'auront pas mieux, autant se le dire!
Enfin, n'oubliez pas l'extraordinaire discours de Obama en aout, qui a bravé S&P en déclarant "notre pays reste et restera triple A!". Je doute que Sarkozy lui emboite le pas, et quand bien même il le ferait, je doute que les effets soient les mêmes. En conclusion : non, cette perte de triple A ne sera pas un cataclysme pour notre pays, mais ne va faire que renforcer le pessimsime ambiant
2-Allons-nous payer plus cher nos crédits?
Partout, vous lisez que oui... Mais la réalité est plus complexe.
En quelques mots, les taux d'intéret obéissent à des anticipations inflationnistes. Ils suivent l'Euribor, lui-même suivant le taux directeur de la BCE, et ils suivent effectivement les taux obligataires.
Disons que les évènements des derniers mois plaidaient pour une baisse des taux d'intéret. D'ailleurs, depuis que la BCE a fixé son taux directeur à 1%, on a commencé à voir une baisse des taux pratiqués par les banques, tandis que l'Euribor est passé de 2% à 1.84%.
Dans les mois qui viennent, la BCE ne va pas augmenter son taux directeur. L'Euribor va donc continuer de baisser. C'est un facteur de baisse des taux bancaires.
Mais la hausse possible (pas encore certaine) des taux obligataires sera effectivement un facteur de hausse. En conclusion : l'un combiné à l'autre devrait donner, dans un cas pessimiste, une stabilité des taux pratiqués par les banques. Et dans un scénario optimiste (où le taux des OTA ne bougerait pas), une poursuite de la baisse engrangée depuis décembre 2011. Dans tous les cas, pas de scénario haussier du côté des taux d'intéret appliqués aux particuliers.
3-Est-ce qu'il y aura une influence sur la présidentielle?
Oui, car ce sera un des thèmes de campagne d'une part, et que d'autre part, cet évènement intervient peu de temps avant le début de la vraie campagne, et du moment où les opinions vont se cristalliser.
Je pense que cela peut profiter à Bayrou qui depuis 2007 dénonce les déficits (à cette époque j'avais recommandé de voter pour lui pour cette raison), mais aussi à Marine Le Pen. Bien qu'aujourd'hui il reste illucubratoire, rien ne dit que le 2eme tour "Bayrou-Le Pen" pronostiqué comme possible par Attali, sera toujours aussi illucubratoire en avril.
La perte du triple A va ouvrir encore plus le jeu, et amener d'avantage d'incertitude sur cette élection présidentielle qui s'annonce comme la plus ouverte depuis 1981 où 4 candidats étaient en mesure d'arriver au 2eme tour et 3 de l'emporter (même scénario qu'aujourd'hui). En conclusion : Il n'y a que 45% des français qui croient désormais à un 2eme tour UMP/PS (selon une enquête Harris Interactive pour le site 2012etvous.fr). Ce taux va encore baisser, et au fil des mois il sera de plus en plus probable que l'un des deux grands favoris s'effondre, comme Balladur en 1995.
4-La question qui vous intéresse le plus : est-ce qu'il y aura une influence sur la bourse?
Il y a 6 mois, je vous aurais dit "tous aux abris, le marché risque de péter un cable!"
Même encore il y a 2 mois, je vous aurais dit cela.
Mais depuis la mi-décembre, et encore plus depuis le début d'année, on voit bien que quelque chose est en train de changer. Vous le voyez bien.
La semaine dernière le CAC 40 a aligné 4 séances de baisse sur 5 mais il a tout de même cloturé à +1.8% car une seule séance a littéralement écrasé les 4 autres.
Je ne dis pas que le CAC va monter, comme par pied-de-nez à S&P... Non, je ne crois pas le marché parisien assez optimiste pour cela. Mais je pense que la tendance que l'on observe depuis le début d'année peut se poursuivre. Cette tendance très nette au stock-picking. Le marché sélectionne les actions, regarde les fondamentaux. C'est ainsi que le portefeuille Francebourse, actualisé à la cloture de vendredi soir, gagne 6.95% depuis le 1er janvier contre 1.16% pour le CAC. L'enchainement des séances hausse/baisse/hausse/baisse n'est pas favorable aux trackers. Le CAC L5, qui est censé multiplier la performance du CAC par 5, ne gagne que 3.6% depuis le 1er janvier. Il ne la multiplie que par 3 alors que notre portefeuille la mutiplie par 6, sans aucun tracker, sans aucune position SRD, juste grâce à une juste sélection opérée fin décembre 2011.
La séance de vendredi a montré que cette perte du triple A, que les autorités ont probablement laissé très habilement fuir pendant la séance (afin d'éviter la panique du week-end), n'a pas eu de réelle conséquence sur les marchés.
Il faudra néamoins toujours surveiller le support que j'ai mis en évidence la semaine dernière, entre 3080 et 3100 points. En conclusion : pour nous, ça ne change rien, nous continuons à surveiller nos supports et nos résistances et à faire du stock-picking de qualité pour BATTRE LE MARCHE encore et toujours!
Vous allez voir, le fait de vivre dans un pays AA+ ne changera pas grand chose à votre vie. Vraiment pas grand chose!
Vive le AA+!!!!!!!!!!!!!