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Chantal Sébire, la fin d’un combat

Article du 20/03/2008
Son combat aura-t-il été mené en vain? Chantal Sébire s’est éteinte hier à 19h30 à son domicile de Plombières-lès-Dijon (Côte d'Or), à l’âge de 52 ans. Cette mère de famille aura tenté jusqu’au bout de faire évoluer en France la loi sur l’euthanasie. Atteinte d'une tumeur incurable, elle avait demandé le « droit de mourir dignement ». Mais lundi, la justice avait rejeté sa demande d'euthanasie.
Le procureur de la République de Dijon, Jean-Pierre Allachi, qui s'est rendu au domicile de la défunte hier vers 21h30, a déclaré que les causes de la mort de Chantal Sébire demeuraient jusqu'à présent inconnues. « Nous allons effectuer des prélèvements et nous ferons des analyses, nous en saurons plus demain » (jeudi), a-t-il indiqué.
Jean-Luc Romero, le président de l'association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) a fait part de sa « tristesse » et a salué une « femme d'exception ». « Même si c'était le souhait de mourir de Chantal, j'ai beaucoup de tristesse car c'(était) une femme d'exception, avec un caractère exceptionnel, une grande force, une volonté et une voix pour un combat formidable: celui de la fin de vie dans la dignité », a-t-il déclaré.
Interrogé sur les hémorragies dont souffraient Chantal Sébire lors de ses violentes crises, le procureur a indiqué « qu'à ce stade il n'exist (ait) pas d'éléments patents de signe d'hémorragie ».
Cette mère de trois enfants, ex-professeur des écoles,avait appris en 2002 être atteinte d’une « Esthesioneuroblastome », une tumeur évolutive des sinus et de la cavité nasale. Une maladie très rare - seuls 200 cas ont été recensés dans le monde depuis vingt ans -, incurable et dont l'évolution provoque une déformation spectaculaire et irréversible du visage et des souffrances « atroces », selon Chantal Sébire qui venait de confier son dossier à l'ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité).
Chantal Sébire avait lancé un appel au secours au président de la République, Nicolas Sarkozy, dans « une lettre accompagnée d'une cassette vidéo » de FR3 Bourgogne, à l'origine de son premier témoignage, pour qu'il complète la loi sur le droit des malades.
La loi sur la fin de vie du 22 avril 2005 tend à instaurer un droit au « laisser mourir » sans permettre aux médecins de pratiquer une euthanasie active. Elle autorise l'utilisation de sédatifs, de calmants et d'antalgiques à des doses nécessaires pour supprimer toutes douleurs physiques ou morales, même si l'utilisation de ces médicaments abrègent la vie. Le président de la République avait proposé à la malade qu’un « nouvel avis » soit donné « par un cortège de professionnels de la santé du plus haut niveau » sur son cas.
Chantal Sébire avait également saisie la justice pour abréger ses souffrances. Mais sa demande d’euthanasie active avait été rejetée par le tribunal de grande instance (TGI) de Dijon. Le procureur de la République avait requis « l'irrecevabilité de la requête en l'état actuel de la loi » (loi sur la fin de vie du 22 avril 2005, ndlr), lors de l'audience en référé.
Dans son ordonnance, le premier vice-président du Tribunal de grande instance de Dijon, René Jaillet, avait souligné que, « même si la dégradation physique de Chantal Sébire, mérite la compassion, le juge en l'état de la législation française ne peut que rejeter sa demande ». Cette décision avait ébranlé Chantal Sébire qui n'avait pu se rendre au tribunal pour entendre le délibéré, tant les souffrances physiques s'intensifiaient depuis quelques jours.
Elle avait confié être « au bout du rouleau » et indiqué qu'elle restait désormais « alitée » tout en se disant déterminée à « améliorer la loi Leonetti » afin de permettre l'euthanasie active dans les cas exceptionnels, car elle se disait opposée au suicide et au placement en coma artificiel.
« J'ai combattu cette tumeur pendant sept ans, je ne veux pas qu'elle ait le dernier mot. Je veux pouvoir faire la fête une dernière fois avec mes enfants et à l'aube je veux m'endormir », avait récemment expliqué Chantal Sébire. Elle n'en aura pas eu le temps. Elle est partie seule, à quelques dizaines de mètres du canal de Bourgogne sur lequel donnaient les fenêtres de son salon.

Francebourse.com, avec AFP





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