OMC : Après l’échec de Genève, on doit s’attendre à peu de progrès d’ici 2009
Article du 04/08/2008
L’échec des négociations à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à Genève a probablement reporté à 2009 toute avancée dans la libéralisation des échanges commerciaux.
Pour le prix Nobel d’économie et professeur à l’université de Columbia Joseph Stiglitz, « les pourparlers ne pourront reprendre qu'après les élections américaines », d’autant qu’il est « difficile de négocier un accord quand le chômage augmente » et que l’économie faiblit.
Un avis partagé par Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS. « On va attendre l’arrivée de la prochaine administration américaine ».
Certains pays ne cachent pas leur satisfaction de voir le cycle de Doha paralysé, à l’instar de l’Italie. Elle a fait partie d'un groupe de 9 pays européens, dont la France et l’Irlande, qui jugeaient que l’Europe avait lâché trop de lest par rapport à ses partenaires commerciaux.
Le ministre français de l’Agriculture Michel Barnier a lui suggéré d’ouvrir les discussions sur les produits agricoles qu’il qualifie d’ « actifs stratégiques », vers d’autres institutions, comme l’organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ou le Fonds Monétaire International (FMI). Mais cette suggestion est loin d’être facilement réalisable.
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, dont le pays aurait été l’un des principaux bénéficiaires d’un nouvel accord de libéralisation du commerce, suggère lui d’organiser une réunion de chefs d’Etat pour apporter une « solution politique » au cycle de Doha, amorcé en 2001.
Le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson a de son côté appelé à une reprise dès cet automne des discussions, un avis que partage l’Allemagne.
Le directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, a affirmé vendredi que des réunions étaient « actuellement en cours (à Genève) sur la clause de sauvegarde sur laquelle ont buté les négociations », appelant à dépasser cet « obstacle technique ». Un haut fonctionnaire de l’OMC jugeait toutefois « pratiquement impossible de conclure les négociations avant la fin de l’année » et estimant que l’objectif était désormais d’ « avancer pour pouvoir présenter un paquet ficelé à la nouvelle administration américaine ainsi qu’à l’Inde après les élections » de la fin d’année.
Elie Cohen s’attend entre-temps à la multiplication des conventions bilatérales ou régionales, comme le souhaite notamment la Commission nationale d’agriculture du Brésil. Elles ont largement augmenté depuis l’Uruguay Round, le cycle de négociations ayant précédé celui de Doha. Mais ce type d’accord complique le commerce mondial et risque de défavoriser les pays les plus faibles, argumente Elie Cohen. La paralysie actuelle de l’OMC ne devrait cependant pas porter un coup fatal au commerce international, qui s’est « formidablement développé depuis l’Uruguay Round, avec une croissance de 6 % par an », poursuit-il.