A nouveau devant la barre. L’ex-Premier Ministre français a finalement passé moins d’une heure en compagnie des juges qui enquêtent sur l’affaire Clearstream.
Arrivé à 09h40 au pôle financier, Dominique de Villepin a refusé de répondre aux questions des magistrats dans l’attente de « prendre connaissance du dossier ». Ceux-ci l’ont mis en examen pour « complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol, recel d’abus de confiance et complicité d’usage de faux ».
A sa sortie, l’ancien chef du gouvernement a affirmé qu’ « à aucun moment », il « n’avait demandé d’enquête sur des personnalités politiques » ni « participé à une quelconque manoeuvre politique », estimant avoir agi « pour faire face à des menaces internationales » et de nature « économique ».
« C’est strictement dans ce cadre que j’ai agi, c’était mon devoir comme ministre », a-t-il estimé sans toutefois préciser s’il avait l’intention de saisir la Cour de justice de la République (CJR). La position de Dominique de Villepin qui dit avoir agi en tant que ministre est d’importance car seule la CJR peut juger les anciens ministres pour des faits commis dans le cadre de leurs fonctions. En revanche, si ces faits sont considérés comme détachables de la fonction, ils peuvent être traduits devant une juridiction ordinaire. « Je ne vous cache pas que ces mises en cause sont douloureuses pour moi et pour ma famille mais je me battrai pour que dans le cadre de l’instruction, la vérité puisse enfin apparaître », a confié Dominique de Villepin.
En décembre dernier déjà, Dominique de Villepin alors à Matignon avait été entendu par les juges du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris. Une audition de près de 17 heures.
De nouveaux éléments dans le dossier
Récemment, le domicile de l’homme politique a été perquisitionné à deux reprises par les juges du pôle financier de Paris Jean-Marie d’Huy et Henri Pons. Bien que dénonçant « des accusations infondées », Dominique de Villepin avait alors déclaré souhaiter « maintenant disposer du statut de témoin assisté » pour pouvoir se défendre
L’ancien chef du gouvernement est soupçonné d’avoir participé à une conspiration visant à déstabiliser l’actuel chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, partie civile dans ce dossier depuis janvier 2006. Le nom de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Economie, est mentionné dans des listings de l’organisme financier Clearstream.
Un « corbeau » les avait envoyés anonymement au juge Renaud van Ruymbeke en 2004, accompagnés de lettres. De nombreuses personnalités y étaient accusées d'avoir perçu des pots-de-vin sur la vente de frégates à Taïwan en 1991. La justice a depuis démontré que ces documents avaient été trafiqués et Nicolas Sarkozy s’est constitué partie civile en janvier 2006.
En mai 2006, la publication de premières notes du général Philippe Rondot, témoin capital de ce dossier, suggérait déjà une implication de Dominique de Villepin mais aussi de Jacques Chirac.
Récemment, l’expertise judiciaire de l’ordinateur du général Philippe Rondot, figure centrale du dossier, a mis a jour des notes électroniques suggérant l’implication de Dominique de Villepin dans une manipulation politique visant à discréditer Nicolas Sarkozy, ce que l’ex chef du gouvernement a toujours démenti.
La révélation fin juin de notes informatiques inédites du général Rondot a donné une nouvelle tournure à cette affaire. Dans ces notes, il apparaît qu'en 2004, l’ancien chef du gouvernement, qui a longtemps entretenu des ambitions présidentielles tout en jurant le contraire, aurait tenté de déstabiliser son rival Nicolas Sarkozy.
Jean-Louis Gergorin, ex-vice président d’EADS, qui a reconnu en mai 2006 être l’expéditeur des courriers anonymes, a affirmé aux juges la semaine dernière que c’est bien à la demande de l’ancien Premier ministre qu’il avait secrètement rencontré Renaud van Ruymbeke. Il a cependant certifié que Dominique de Villepin avait cru, comme lui même, à l’authenticité des listings, laissant ainsi entendre qu’ils n’avaient, ni l’un ni l’autre, participé à une « dénonciation calomnieuse ».
Imad Lahoud, également interrogé la semaine dernière, a pour sa part indiqué aux juges tout »ignorer » d’un éventuel »rôle des politiques », et notamment de Dominique de Villepin. Il a notamment « démenti » les propos que lui « prête » dans ses notes le général Philippe Rondot.
Dans l’une d’elles, le militaire fait référence à une conversation qu’il aurait eue en juin 2004 avec Imad Lahoud. Au cours de celle-ci, le mathématicien franco-libanais lui aurait affirmé que Jean-Louis Gergorin (ex vice-président d’EADS mis en examen) avait reçu de Dominique de Villepin l’instruction, venant elle-même du président Jacques Chirac, de « balancer Nicolas Sarkozy ».
Les juges espèrent faire la lumière sur ces multiples contacts croisés et rassembler les morceaux du puzzle.