Louis Gallois aux commandes d'EADS, Tom Enders à la tête d'Airbus. La nouvelle organisation du groupe européen d'aéronautique et de défense prend place aujourd’hui. Le but : réussir le redressement.
Miné par deux ans de retard d'industrialisation de l'A380 qui ont fait plonger Airbus dans le rouge en 2006 (-572 millions d'euros), EADS a décidé lors du sommet franco-allemand entre le président Nicolas Sarkozy et la chancelière Angela Merkel, le 16 juillet à Toulouse, de mettre fin à sa direction bicéphale franco-allemande, rendue responsable des déboires d'Airbus et d'incessantes frictions au sein du management.
Louis Gallois et Tom Enders étaient jusqu'ici coprésidents exécutifs d'EADS, et Louis Gallois présidait aussi Airbus.
Tom Enders, nouveau patron d’Airbus qui pèse 60% du chiffre d'affaires d'EADS, a déjà affirmé que « l'avenir opérationnel de tout le groupe va se jouer chez Airbus ». Les succès commerciaux du salon du Bourget, notamment du futur long courrier A350, et la confirmation que le premier avion géant A380 serait livré à Singapore Airlines le 15 octobre, marquent un début de redressement après une terrible année 2006, mais le défi reste de taille.
Le plan de restructuration Power8 d'Airbus vise 5 milliards d'euros d'économies d'ici 2010 puis 2,1 milliards par an, en supprimant 10 000 emplois (dont 5 000 chez les sous-traitants) en quatre ans et en cédant totalement ou partiellement sept sites industriels sur seize. Sa réalisation concrète incombera à Tom Enders car les mesures sociales du plan annoncé en février ne seront détaillées qu'en septembre, comme le choix des repreneurs de sites.
Dès mardi et mercredi, Tom Enders rencontrera à Toulouse l'ensemble des syndicats européens d'Airbus, très remontés contre le plan.
« Il ne va pas y avoir de changement majeur sur ce qui nous préoccupe vraiment: le plan Power8. On n'attend aucune amélioration (...) puisque ce sont les mêmes hommes », déclare Daniel Friedrich, porte-parole du syndicat allemand IG Metall.
Du côté français, certains craignent en outre un renforcement de l'influence allemande, même si Louis Gallois a indiqué qu'il veillerait au dossier Airbus. « Le comité exécutif compte maintenant six Allemands, deux Français, un Espagnol et un Anglais, c'était impensable il y a 18 mois », remarquait cette semaine un syndicaliste.
A380 : la fin des bévues
Tom Enders devra aussi en finir avec les difficultés d'industrialisation de l'A380, notamment des câblages électriques. Le programme n'est pas encore « tiré d'affaire », « nous ne pouvons nous permettre de bévue lors de la montée en puissance », déclarait-il prudemment fin juillet.
Il est sur ce point rejoint par des syndicats toulousains. « On va sortir le premier appareil en fanfare, mais jusqu'au 26e on devra câbler à la main. Il y a encore beaucoup d'incertitudes sur le rattrapage des retards en 2009 et 2010 », selon une source syndicale.
La deuxième « simplification des structures » viendra en assemblée générale extraordinaire des actionnaires d'EADS, sans doute le 22 octobre. Rüdiger Grube, représentant DaimlerChrysler, prendra seul la présidence du conseil d'administration, qu'il coprésidait avec Arnaud Lagardère.
Ce dernier est supposé lui succéder dans quatre ans, en vertu de l'équilibre franco-allemand entre les actionnaires privés de référence, DaimlerChrysler et Lagardère, prévu par le pacte d'actionnaires.
Les questions de la révision du pacte et d'une éventuelle augmentation de capital, qui divisent les actionnaires, ont été renvoyées à plus tard.
Le capital d'EADS est réparti entre actionnaires français et allemands, privés et publics, avec d'un côté Lagardère (en train de passer de 15% à 7,5%) et l'Etat français (15%), de l'autre DaimlerChrysler (15%) et un consortium d'investisseurs (7,5%) incluant des Länder allemands. Un pacte d'actionnaires, conclu il y a sept ans, donne aux deux groupes privés le pouvoir de décision.
Alors que depuis deux ans, les difficultés d’EADS et de sa filiale Airbus ternissent les relations entre Paris et Berlin, Nicolas Sarkozy a fait du dossier EADS une « priorité ».