Profanation du cimetière juif de Herrlisheim : début du procès à Colmar
Article du 10/09/2007
Le procès des trois auteurs présumés de la profanation du cimetière juif de Herrlisheim (Haut-Rhin), où 117 tombes avaient été souillées en avril 2004 par des inscriptions néonazies et antisémites, s'ouvre ce lundi devant le tribunal correctionnel de Colmar.
Le 30 avril 2004, des croix gammées et celtiques ainsi que des slogans antisémites avaient été découverts sur 117 des 400 pierres tombales du cimetière israélite de Herrlisheim, près de Colmar.
Point de départ d'une sinistre série d'exactions similaires en Alsace, l'affaire avait suscité une vague d'indignation dans toute la France et plusieurs membres du gouvernement ainsi que le président du parlement israélien Reuven Rivlin s'étaient rendus sur place.
En janvier 2006, près de deux ans après les faits, Emmanuel Rist, 37 ans, Laurent Boulanger, 27 ans et Laurent Peterschmitt, 28 ans, sont finalement mis en examen et écroués. Ce dernier a été libéré et placé sous contrôle judiciaire en mai 2006. Rist --par ailleurs sous le coup de deux mises en examen pour tentative de meurtre et assassinat-- ainsi que Boulanger seront également jugés pour la dégradation en octobre 2004 de l'unique stèle musulmane du cimetière militaire de Wattwiller (Haut-Rhin).
Les prévenus, qui ont tous reconnu les faits, sont poursuivis pour "profanation de sépultures aggravée" et "dégradation de biens" ainsi que pour "provocation à la haine raciale et à la discrimination raciale ou religieuse". Ils encourent des peines allant de deux ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende pour Peterschmitt à 3 ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende pour Boulanger et Rist.
Présenté par les enquêteurs comme un "idéologue" néonazi et considéré comme le "cerveau" présumé des profanations, ce dernier avait expliqué lors de son interpellation avoir choisi Herrlisheim en raison de la lettre H --référence à Hitler-- et célébrer ainsi la mort du Führer, le 30 avril 1945. Personnage clé du dossier, sa personnalité pour le moins paradoxale suscite bien des interrogations : tandis que des proches décrivent un homme "discret", "courtois" voire "attachant", d'autres soulignent son "racisme" et sa fascination pour le IIIe Reich.
Ancien agent de sécurité modèle, ex-délégué FO, père de famille, Emmanuel Rist a également travaillé occasionnellement en tant que dessinateur pour la presse locale ainsi que pour l'organisation de défense des droits de l'homme Amnesty International. Condamné en novembre 2006 pour des courriers antisémites, il est également mis en examen pour la tentative de meurtre d'un Marocain en septembre 2005 à Rouffach (Haut-Rhin) ainsi que pour l'assassinat en pleine rue d'un marchand de tapis, également d'origine marocaine, en mai 2001 à Gundolsheim (Haut-Rhin).
Emmanuel Rist "est dans un état d'esprit relativement serein, même s'il n'attend pas grand chose de son procès", a indiqué son avocat, Me Renaud Bettcher, soulignant "l'attentisme" de son client qui "regarde les choses se passer".