Le triple A perdu des USA : explications et conséquences
Article du 08/08/2011
Le vendredi 5 aout 2011 restera dans l'histoire économique : ce jour-là, les Etats-Unis ont perdu leur triple A de Standard&Poor's pour passer à AA+.
Qu'est-ce que cette dégradation de notation signifie, et quelles en seront les impacts à court, moyen, long terme?
Déjà il faut bien prendre conscience que seule Standard&Poor's a dégradé la note des USA. Ainsi la note reste maximale chez Moody's (qui hésite) et chez Fitch (qui ne dégradera pas).
La note AAA était la note maximale. La note AA+ est celle juste en dessous. Les USA passent de 10/10 à 9/10. Cela est très important pour que vous compreniez. Avec 10/10, on est à la perfection. Autrement dit, avec la note maximale, les agences de notation financière considèrent que le fait de prêter au pays en question engendrera un retour sur investissement garanti à 100%. Donc prêter de l'argent à un pays noté AAA ne comporte aucun risque. Le fait que les USA ne bénéficient plus de ce AAA chez l'une des trois agences de notation qui font autorité signifie que prêter aux Etats-Unis n'est plus sans aucun risque, mais revêt un tout petit risque. Pour contrebalancer ce tout petit risque, les obligations américaines devront se montrer un petit peu plus attractives. Donc un petit peu plus rémunératrices. Autrement dit, ça va couter des sous aux Etats-Unis déjà surendettés! Combien cela leur coutera-t-il? La bagatelle de 100 milliards selon JP Morgan. Une somme qu'il faut relativiser. Certes sur un pays comme la Grèce elle serait énorme, mais sur les USA elle ne correspond qu'à 0.6% de dette en plus!!! Les USA pouvaient s'en passer, mais vu leur niveau d'endettement, ça ne va pas changer radicalement la donne. Par contre, les soubresauts sur le dollar peuvent être importants. Il n'est plus exclu que le billet vert chute de 10 ou 15%, ce qui accroitrait la compétitivité de l'économie américaine, mise à mal récemment. Finalement, cela rapporterait peut-être plus que 100 milliards de PIB, et globalement, Standard&Poors, agence américaine, ne rendrait-elle pas service aux USA en faisant cela?
C'est juste une question, l'avenir nous le dira... Il ne faudrait pas que le cout du crédit augmente de trop (suivant le taux obligataire) car alors cela déprimerait la consommation déjà très morose, les américains ayant pris, depuis la fin de la crise, la très bonne habitude d'épargner, ce qu'ils ne faisaient pas auparavant.
Au niveau macro-économique, donc, cette dégradation a, sur les grandes variables :
-une conséquence positive sur la balance commerciale
-une conséquence négative sur l'endettement
-une conséquence négative sur la consommation
La plupart des sociétés ne devraient pas être touchées, sauf celles très endettées.
Quelles peuvent être les autres impacts, et en particulier les conséquences pour l'économie mondiale ?
Les bons du Trésor américain sont le véhicule d'investissement le plus répandu dans le monde. Et c'est la Chine qui en détient le plus proportionnellement.
Cette dégradation peut donc énerver la Chine. Le ton est d'ailleurs monté ce week-end. La Chine peut ainsi réclamer des comptes au pays qu'elle finance, un peu comme un gros actionnaire d'une entreprise! Elle peut en particulier demander aux Etats-Unis de diminuer leurs dépenses d'armement. Ce qui passerait très mal compte-tenu du passif existentiel et culturel qui existe entre les deux pays. Toujours à l'Orient, la voix de Poutine s'est aussi exprimée ce week-end, disant que les USA parasitaient le monde... Rien que ça! Un programme de tensions en perspective! Et surtout, des USA qui perdent de leur superbe pour lancer des guerres, qu'il faut financer! En fait cette dégradation n'est qu'une étape de plus dans le déclin de l'hégémonie américaine, qui a commencé après l'ère Reagan, mais qui s'accélère depuis une dizaine d'années.
Concernant l'Europe, et la France, nous sommes assez empêtrés dans nos problèmes avec l'Euro pour que cela ait un impact énorme. Evidemment c'est plutôt négatif pour toutes les sociétés qui facturent en dollars et achètent en euros. Et c'est plutôt mauvais pour notre compétitivité. De là à réviser à la baisse l'estimation des profits des sociétés du CAC pour 2011, on peut le faire, et passer de 15% de hausse des bénéfices à 12%, mais cela ne dément pas le fait que le CAC 40 reste très largement sous-valorisé. Avec un CAC à 3250 points, la capitalisation globale est de 820 milliards. Soit un PER 2010 de 9.9 et un PER estimatif 2011 de 8.8! Cela en révisant à la baisse les bénéfices de nos sociétés, à cause des effets de change, et en les passant à 12% de croissance au lieu de 15%!
Bref, le CAC reste bien sur à l'achat sur ses fondamentaux!
Ce est inquiétant en revanche, c'est le potentiel de baisse des indices américains. En effet, ces derniers restent très proches de leurs plus hauts. Et le Nasdaq est encore à 110% au dessus de son plus bas de mars 2009 alors que le CAC n'est qu'à 33% au dessus de son plus bas de mars 2009! Par ailleurs, aux USA les PER sont plutôt entre 15 et 20 et certainement pas à 8 ou 9 comme chez nous! Bref, les indices ont une vraie marge de baisse, fondamentale et technique.
Si les indices américains baissaient vraiment, le CAC résisterait-il?
Rien n'est moins sur quand on voit que :
-sur 2009, le CAC a fait +22% et le Nasdaq +44% (retard de 22 points)
-sur 2010, le CAC a fait -3% et le Nasdaq +17% (retard de 20 points)
-sur 2011, le CAC fait -14% et le Nasdaq -4% (retard de 10 points)
C'est pourquoi il est possible, malgré la sous-valorisation du CAC, qu'une tendance baissière de moyen terme se mette en place avec une baisse entre 2700 et 2800 comme objectif.
Autre possibilité : que les investisseurs internationaux prennent enfin conscience de la sous-valorisation des marchés européens, et tout particulièrement parisien, et qu'il y ait un transfert des liquidités vers les bourses européennes, aux détrimens de New-York.
A ce jour cela parait utopiste, mais l'histoire nous montre que tout est possible en matière économique.
Si on prend le retard du CAC face au Nasdaq depuis la fin de la crise, il est tout simplement colossal.
Une baisse de 30% du Nasdaq est possible. Une baisse de 30% du CAC nous amènerait à un PER 2011 de 6!!! Quasi-impossible sauf entrée de l'économie mondiale en récession, qui reste hautement improbable à ce jour, et qui ne sera certainement pas provoquée par le fait que la note des USA par l'un de ses 3 professeurs passe de 10/10 à 9/10!
En conclusion de tout cela : cette dégradation est plus un séisme psychologique qu'économique, même si, nous l'avons vu, ses conséquences ne sont pas négligeables.
Aux USA, la consommation peut perdre mais la balance commerciale va forcément gagner. Qui l'emportera? Je ne suis pas devin et les américains sont un peuple qui réservent souvent des surprises! Nous serons plus que jamais attentifs aux statistiques macro-économiques.
Jean-David Haddad
Agrégé d'Economie
Rédacteur en Chef
Francebourse.com