« Bien sûr qu’il va mourir, le rebelle... » : la poésie d’Aimé Césaire a retenti hier à Fort-de-France (Martinique) lors des obsèques nationales du père de la « négritude ».
Pendant plus d’une heure, sous le soleil, des milliers de Martiniquais anonymes et de nombreuses personnalités politiques françaises de tous bords, ainsi que des délégations officielles africaines et des Caraïbes, se sont retrouvées dans l’émotion, la gratitude et la ferveur, pour rendre un hommage exceptionnel au penseur décédé jeudi à 94 ans en Martinique, dans un stade plein, au centre duquel était exposé le cercueil. Un hommage national qui n’avait jusque-là été rendu qu’à trois écrivains : Victor Hugo (1885), Paul Valéry (1945) et Colette (1954).
Né en 1913 à Basse-Pointe, dans le nord de l’île, intellectuel brillant, Aimé Césaire a forgé dans les années 1930 avec le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas, le concept de « négritude » - la conscience et la fierté d’être noir - et influencé plusieurs générations d’écrivains et de militants dans le monde.
Député de l’île française de la Martinique (1945-1993) et maire de son chef-lieu Fort-de-France (1945-2001), Aimé Césaire a été le symbole et la figure politique majeure de l’île pendant plus de 50 ans.
Lors de la cérémonie, le président de la République n’a pas prononcé de discours officiel. A son arrivée à l’aéroport, Nicolas Sarkozy a simplement déclaré : « tous les Français se sentent aujourd’hui Martiniquais dans leur cœur » et a salué « le défenseur infatigable de la dignité humaine et du respect des droits de l’homme ». Le chef de l’Etat a eu des relations difficiles avec l’ancien député-maire de Fort-de-France qui avait refusé de le recevoir en 2005 en raison de la loi sur « le rôle positif de la présence française outre-mer », avant de le rencontrer l’année suivante.