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Ipsogen : Interview exclusive de Vincent Fert, PDG d’Ipsogen

Article du 12/06/2008

Mnemo : ALIPS


Ipsogen vivra ses premières heures sur le marché boursier dès le 16 juin prochain. La société spécialisée dans le diagnostic moléculaire du cancer vient en effet d’annoncer le succès de son introduction en Bourse sur Alternext. Le titre ALIPS est coté depuis le 10 juin en continu.
Cette opération est une des premières admissions avec appel public à l’épargne sur Euronext Paris depuis le début de l’année. Elle marque aussi le rétablissement du marché Alternext, touché au premier semestre par la crise financière, mais qui a accueilli plusieurs nouveaux entrants au cours des dernières semaines.
Vincent Fert, PDG d’Ipsogen, a accepté de nous en dire plus sur sa société, la spécificité de son business et ses objectifs après cette IPO. En revanche, et conformément aux exigences de la réglementation boursière, la direction se veut prudente quant à ses perspectives chiffrées. Pour information, Ipsogen a réalisé l’an passé un chiffre d’affaires de 2,5 millions d’euros, en hausse de 88 % par rapport à 2006.

Francebourse : Pouvez-vous nous expliquer votre métier ?
Vincent Fert :
Ipsogen travaille dans le domaine du diagnostic moléculaire du cancer. En quelques mots, l’objectif est de fournir aux personnels soignants les informations dont ils ont besoin pour diagnostiquer, soigner et suivre des patients atteints de cancers. Le secteur du diagnostic est varié. Un test de grossesse, disponible en pharmacie, est un outil de diagnostic, tout comme le test réalisé dans un hôpital sur un échantillon de tumeur qui doit aider à prescrire ou non une chimiothérapie dans le traitement du cancer.
Ipsogen développe et commercialise des produits consommables, des réactifs, sous forme de « kits ». Ils servent à la réalisation de diagnostics in vitro, c’est-à-dire effectués sur un prélèvement humain et non sur la personne directement.
Nos clients sont des laboratoires hospitaliers ou privés spécialisés. Nous vendons nos produits dans 48 pays auprès de 250 clients récurrents. L’an passé, notre chiffre d’affaires provenait à 22 % des ventes en France, à 36 % des ventes en Europe hors France, à 25 % de celles en Amérique du Nord grâce à notre filiale américaine et à 17 % du reste du monde.
La société Ipsogen a été créée en 1999 et a véritablement commencé ses activités à la mi-2001, après un premier tour de table financier. Elle a enregistré son premier chiffre d’affaires en 2003, signe pour nous d’un développement rapide et réussi. Contrairement au secteur pharmaceutique où l’élaboration d’un médicament peut prendre pas moins d’une décennie, le « time to market » est de l’ordre de 1 à 2 ans dans le domaine du diagnostic, ce qui explique la rapidité de notre montée en puissance.

Francebourse : Comment s’est construit la société depuis sa percée en 2003 ?
Vincent Fert :
Ipsogen a commencé son activité autour du diagnostic des leucémies. Il faut savoir qu’il existe 38 cancers du sang différents. Les progrès médicaux ont été phénoménaux dans ce domaine. Ipsogen a voulu en prendre part. Le diagnostic moléculaire s’est imposé comme étant la technique la plus sensible et la plus spécifique pour analyser les anomalies des gènes qui sont a l’origine des cancers. D’une manière générale, les efforts de diagnostic ont permis d’individualiser des maladies que l’on croyait similaires et d’apporter des meilleures réponses pour le traitement de ces cancers du sang.
Nous avons sorti nos premiers produits en 2003. Cela nous a permis de rapidement être identifiés comme un des leaders du secteur bien que nous nous soyons concentrés sur un marché de niche, sur quelques types de leucémies en particulier. Nous avons gagné en reconnaissance, en légitimité et en image de marque. Nous avons progressivement créé un réseau de clients centres spécialisés à forte valeur commerciale.

Francebourse : Ipsogen étend aujourd’hui son savoir-faire au domaine du cancer du sein. Il s’agit là d’une activité d’une toute autre dimension. Quels sont vos objectifs ?
Vincent Fert :
Nous voulons en effet appliquer les recettes que je viens d’exposer dans les produits destinés au diagnostic du cancer du sein. Notre premier produit à ce sujet est sorti depuis quelques jours à l’ASCO. Après avoir établi notre savoir-faire dans une niche, nous visons un marché majeur : le cancer du sein touche 500 000 femmes chaque année aux Etats-Unis et en Europe.
Sur le plan commercial, ce marché a un vrai potentiel et est donc extrêmement intéressant pour notre développement. Sur le plan médical, les produits Ipsogen veulent améliorer le bien-être des patientes et permettre une « médecine personnalisée ». Grâce aux informations que les tests de diagnostic fournissent, les médecins sont en mesure de mieux adapter le traitement au patient et ainsi d’éviter le surtraitement et de minimiser les risques de maladies secondaires. Par là même, on peut également éviter un traitement non approprié et coûteux. L’objectif étant que les économies ainsi réalisées participent aux économies de santé.
Actuellement, le diagnostic in vitro ne représente que 5 % des dépenses de santé mais il intervient dans 60 à 70 % des décisions médicales. Le marché du diagnostic moléculaire en oncologie est estimé à 400 millions d’euros. Il s’agit encore d’un marché émergent, qui connaît une croissance de 35 % par an. Ipsogen veut s’inscrire dans cette dynamique en tant qu’acteur majeur.

Francebourse : Qu’attendez-vous de votre toute récente introduction sur le marché Alternext ?
Vincent Fert :
Bien évidemment le contexte boursier actuel n’est pas le plus simple mais nous tenions à faire cette opération pour ne pas bousculer notre agenda de développement et ne pas affecter notre position compétitive. Nous avons bien fait au final puisque cette introduction et la levée de fonds se sont passées dans d’excellentes conditions.
Nos défis sont désormais de renforcer notre organisation commerciale aux Etats-Unis et en Europe et de poursuivre notre travail de référencement des tests de diagnostic Ipsogen. Environ 8 à 9 millions d’euros issus de l’augmentation de capital devraient servir ces desseins. Le solde viendra s’ajouter à notre trésorerie nette de 3 millions d’euros, de quoi nous assurer une solide marge de manoeuvre.
L’actionnariat de la société a évolué et nous sommes ravis d’accueillir des fonds français, luxembourgeois, belge et suisse aux côtés de nos investisseurs historiques. Le flottant représente désormais 35 % du capital d’Ipsogen et nous avons été agréablement surpris d’intéresser plus de 700 actionnaires individuels.

Francebourse.com – Alexandra Voinchet

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