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Article du 01/07/2008

Réforme de l'Etat : Un « FBI à la française »


La direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) est née. Cette nouvelle entité regroupe la DST (Direction de la surveillance du territoire, contre espionnage) et les RG (direction centrale des Renseignements généraux).
Imaginée par le candidat Nicolas Sarkozy, elle a été imposée par le nouveau président qui en avait confié la mise en oeuvre à la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, dès son arrivée à l’Elysée.
La DCRI sera pilotée par le préfet Bernard Squarcini qui devrait en être nommé directeur mercredi, lors du prochain Conseil. Installée à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), dans des locaux ultra sécurisés, elle compte 3 000 personnes. Ses missions concernent « le contre espionnage, le contre terrorisme, la protection du patrimoine/intelligence économique, les mouvements subversifs violents et les phénomènes de société précurseurs de menaces », selon son décret de création.

Les RG et la DST, qui disparaissent dans le cadre de la naissance de ce « FBI à la française », étaient les deux services du renseignement policier français décriés ou encensés selon les périodes. DST et RG ont en effet connu des « succès incontestables », selon les historiens de la police, dans la lutte contre le terrorisme et durant la guerre froide par exemple. Mais ils ont aussi été mêlés à des scandales d’Etat, des micros posés au Canard enchaîné en 1973 en passant par les affaires Doucé ou Clearstream.
La mission des RG était double : analyse des problèmes de société et surveillance de ce qui peut déstabiliser la sécurité de l’Etat ou de la société. Ils ont ainsi surveillé les « groupes à risques » en particulier terroristes comme le fait de manière plus systématique la DST (contre-espionnage) de longue date.
Historiquement, les RG sont les héritiers des « commissaires spéciaux » de la Révolution et de l’Empire. Ils devaient « surveiller l’état d’esprit de l’opinion publique » selon les textes de l’époque et renseigner le gouvernement et les préfets. Cette mission première a perduré avec la surveillance des mouvements sociaux et d’agriculteurs dans les départements toujours au service des préfets. Ils en ont hérité le surnom de « grandes oreilles » du gouvernement ou de « météorologues de l’opinion » selon Jules Moch, deux fois ministre de l’Intérieur sous la IVème République. Du fait de la surveillance des activités politiques, unique en Europe, les RG ont aussi été fréquemment qualifiés de « police politique », une étiquette qu’ils ont toujours réfutée. « En tout cas pas au sens totalitaire du terme », avait temporisé Yves Bertrand à l’AFP, fin 2007, au moment de la publication de ses mémoires après douze années à la tête des RG sous huit ministres de la Ve République. Les RG n’exercent plus la surveillance des partis politiques depuis 1994 et, en 2004, ont été réorientés sur la lutte contre le terrorisme et les violences urbaines.
Des affaires retentissantes ont émaillé leur histoire : disparition jamais élucidée, en 1990, du pasteur Joseph Doucé, espionnite d’un conseil national du Parti socialiste en 1994, « corbeaux » dans des enquêtes « parallèles » à certaines instructions politico-financières.
La DST, écrit Michel Auboin dans le « Dictionnaire de la police » (Editions Robert Laffont) est « chargée de protéger la France contre la menace extérieure et le terrorisme ».
Son histoire remonte à 1899, date du premier service de contre-espionnage. La DST a été créée en 1944, selon l’expert, pour « lutter contre les activités d’espionnage et l’ingérence des puissances étrangères ». Son premier patron fut Roger Wybot, l’un des responsables des services de renseignements de la France Libre, après la dissolution du service par l’occupant allemand. En 1970, elle a vécu une « importante évolution » vers le terrorisme et la surveillance de l’activité économique.
La DST n’a pas échappé non plus aux scandales. Le dernier en date est le livre de Patrick Baptendier, un agent privé de sécurité affirmant avoir été « pris en main » par elle et avoir « espionné » des personnalités du monde des médias et de la politique.




 
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