Ukraine: législatives anticipées fixées au 7 décembre
Article du 09/10/2008
Le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a fixé au 7 décembre la date des prochaines élections législatives, après avoir prononcé mercredi la dissolution du Parlement, selon un décret présidentiel publié jeudi sur le site officiel de la présidence à Kiev.
La dissolution du Parlement doit permettre à M. Iouchtchenko de se débarrasser de sa rivale, le Premier ministre Ioulia Timochenko, après l'éclatement de leur coalition gouvernementale pro-occidentale.
"Conformément à la Constitution ukrainienne, j'arrête les pouvoirs du Parlement (...) et je convoque des élections parlementaires anticipées", a déclaré mercredi le chef de l'Etat, en visite en Italie, dans un intervention solennelle enregistrée à la télévision.
Ce scénario est désormais familier aux yeux des Ukrainiens, déjà conviés à des législatives anticipées en septembre 2007.
Les conflits entre le président et son ancienne alliée de la Révolution orange, très probables adversaires à la prochaine élection présidentielle prévue fin 2009 ou début 2010, se sont exacerbés lors du conflit russo-géorgien d'août.
Le chef de l'Etat a soutenu Tbilissi tandis que Mme Timochenko restait neutre, ce qui lui a valu d'être accusée de "haute trahison" au profit de Moscou par la présidence.
Peu après, le bloc Ioulia Timochenko s'est rallié avec l'opposition pro-russe (Parti des régions) pour adopter début septembre une série de lois réduisant les pouvoirs présidentiels.
En réponse, le parti présidentiel Notre Ukraine-Autodéfense populaire a quitté la majorité qu'il formait avec le bloc Timochenko. Aucune coalition n'ayant été formée depuis, le chef de l'Etat a eu recours à son droit constitutionnel de dissoudre l'assemblée.
"Je suis profondément convaincu que la coalition démocratique a été ruinée par les ambitions (...) d'une seule personne, son avidité pour le pouvoir (...) la domination des intérêts personnels sur ceux de la Nation", a lancé M. Iouchtchenko, visant son Premier ministre.
Le nouveau scrutin présente des risques pour le président dont la popularité est au plus bas. Son parti, qui a obtenu 14% des voix aux législatives de 2007, n'est actuellement crédité que de quelque 5% des intentions de vote, selon certains sondages.
Mais M. Iouchtchenko a choisi cette mesure radicale parce que "c'est l'unique moyen de se débarrasser de Timochenko", a commenté le politologue ukrainien Mikhaïlo Pogrebinsky, cité par le quotidien populaire Komsomolskaïa Pravda.
Le bloc Timochenko (30% aux élections de 2007) devrait, selon des sondages, reproduire ce résultat. Mais ni le parti des Régions (opposition pro-russe) ni le président qui s'est brouillé définitivement avec elle n'accepteront plus le retour de Mme Timochenko à la tête du gouvernement, renchérit Volodymyr Fesenko du Centre des études politiques Penta.
Le bloc Timochenko pourrait encore s'opposer à l'organisation de nouvelles législatives. "Entre le décret présidentiel et sa réalisation il y a un gouffre. Quelqu'un aura à travailler très dur pour le franchir", a déclaré un député de ce bloc, Andri Portnov, au quotidien en ligne Ukraïnska Pravda.