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0899 70 24 42
Ouverture du 10 fév 2012
Tarif : 1€35/appel puis 0€34/min
Avions ravitailleurs: les Européens accusent Washington de protectionnisme
Après le retrait d'Airbus de la course à un méga-contrat d'avions ravitailleurs aux Etats-Unis, le ton monte en Europe contre Washington, qu'elle accuse d'avoir biaisé les termes de l'appel d'offres pour favoriser Boeing et menace d'une éventuelle action à l'OMC."Manifestement la pression politique a été telle qu'on a fait un appel d'offres sur mesure pour Boeing", a regretté mardi le ministre allemand de l'Economie Rainer Brüderle.
"Tout particulièrement pendant la crise actuelle, les plus petits signes de protectionnisme sont dommageables", a-t-il accusé, "même pour l'approvisionnement dans le domaine de la défense, la libre concurrence ne devrait pas être entravée de manière unilatérale."
Le commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, a également jugé "hautement regrettable qu'un fournisseur potentiel majeur se sente incapable de présenter sa candidature pour un contrat de ce type".
Bruxelles a prévenu qu'elle "serait extrêmement inquiète s'il apparaissait que les termes de l'appel d'offres étaient de nature à empêcher une concurrence ouverte pour le contrat".
La Commission représente l'UE sur les dossiers commerciaux, et peut par exemple saisir en son nom l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Une menace évoquée tant à Paris, où le ministère des Affaires étrangères a mis en garde Washington contre de "possibles implications", qu'à Berlin où M. Brüderle entend suivre l'affaire "au niveau de l'Organisation mondiale du commerce".
La fourniture de 179 avions ravitailleurs à l'armée américaine est un contrat évalué à 35 milliards de dollars, qui pèserait lourd dans la balance commerciale entre l'UE et les Etats-Unis pour ce qui est de la défense.
Celle-ci est traditionnellement favorable aux Américains qui exportent deux fois plus de matériel militaire vers l'Europe qu'ils n'en importent: 5 milliards de dollars contre 2,2 milliards en 2008, selon des données de la Commission européenne.
Signe de son caractère très sensible, le contrat a déjà fait l'objet de deux appels d'offres. Il a été attribué une première fois à Boeing en 2003, une deuxième à Airbus et son allié américain Northrop Grumman en 2008. Et à chaque fois annulé.
Northrop Grumman a cette fois jeté l'éponge en mettant en cause "la structure de l'appel d'offres", qui privilégie Boeing.
L'appel offres est "biaisé en faveur de l'avion plus petit et moins performant de la concurrence", a accusé Thomas Enders, le patron d'Airbus qui ne compte pas y aller seul. "Il ne s'agit plus ici (de la recherche) du meilleur avion, et plus non plus de concurrence loyale", a-t-il dénoncé.
Les craintes d'un protectionnisme américain sur le dossier ne sont pas nouvelles.
Dès décembre, plusieurs chefs de gouvernement européens avaient écrit au président américain Barack Obama pour réclamer un appel d'offres équitable, mais "le président n'a même pas jugé bon de répondre", selon une source citée mardi par le quotidien Financial Times Deutschland.
Le vice-secrétaire américain à la défense, William Lynn, a affirmé qu'avec l'appel d'offres actuel, Airbus et Boeing "pouvaient être en véritable concurrence". Mais l'Europe ne se fait plus d'illusions.
La victoire de Northrop Grumman et EADS en 2008 "était un signe positif pour une concurrence libre et ouverte entre les deux côtés de l'Atlantique", a regretté Bruxelles, pour qui l'industrie européenne a toutes ses chances aux Etats-Unis si elle est "autorisée à faire de la concurrence sur une base équitable".

