Rares sont les valeurs qui actuellement échappent à la baisse. Heurtey Petrochem affiche du vert : + 27 % depuis le 1er janvier (en date d’hier) et + 50,5 % depuis 6 mois.
Et cette bonne santé n’échappe pas aux offreurs de fonds. C’est le cas de l’IFP. L’Institut Français du Pétrole, via sa holding de participations industrielles IFP Investissements, vient d’acquérir 35% du capital d’Heurtey Petrochem. Prix offert : 31,5 euros par action alors que le titre coté sur Alternext valait 29,68 euros à la clôture de la séance du 9 juillet 2008.
Un nouvel entrant majeur
Pour Olivier Appert, Président de l’IFP, cité dans un communiqué de presse, « l’entrée de l’IFP au capital d’Heurtey Petrochem est directement liée à l’engagement stratégique de l’IFP dans le domaine des solutions innovantes pour une transition maîtrisée vers les énergies et matériaux de demain, plus performants, plus économiques, plus propres et durables. Notre investissement s’inscrit dans une démarche active de développement du groupe français Heurtey Petrochem, et implique une collaboration étroite à venir dans les domaines technologiques entres les équipes d’Heurtey Petrochem et celles de l’IFP. »
L’Institut Français du Pétrole est un organisme public de recherche et de formation dont la mission est de développer les technologies et matériaux du futur dans les domaines de l’énergie, du transport et de l’environnement. Il apporte aux acteurs publics et à l’industrie « des solutions innovantes pour une transition maîtrisée vers les énergies et matériaux de demain, plus performants, plus économiques, plus propres et durables ».
Depuis sa création, l’IFP est ainsi un acteur important du transfert de technologie, avec plus de 40 000 brevets déposés en France et à travers le monde.
Son financement est assuré à la fois par le budget de l’État et par des ressources propres, provenant de partenaires privés français et étrangers.
Dès son origine, l’IFP s’est engagé dans la voie de la valorisation industrielle des résultats de ses recherches en soutenant la création d’une trentaine d’entreprises devenues fortement créatrices d’emplois et exportatrices. L’IFP est ainsi toujours actionnaire de Technip et de CGGVeritas.
« L’entrée au capital d’Heurtey Petrochem de l’organisme fondateur de Technip, et actionnaire de référence d’acteurs majeurs du secteur de la production et du raffinage du pétrole est une véritable reconnaissance pour le travail accompli par l’équipe d’Heurtey Petrochem ces dernières années. L’ancrage de ce nouvel actionnaire au cœur du savoir nourrissant nos métiers nous permettra d’enrichir notre bagage technologique et de renforcer notre capacité à maîtriser les opportunités de développements stratégiques que nous anticipons pour les années à venir, notamment dans le domaine environnemental », se félicite Michel Pingeot, Président d’Heurtey Petrochem, cité dans le communiqué.
Cette opération offre à la société cotée deux atouts majeurs : elle « renforce son actionnariat » et lui met à disposition « l’expertise de l’IFP » sur ses différents métiers afin « d’asseoir durablement la stratégie de développement du groupe Heurtey Petrochem ».
Dans le détail, cette opération consiste en une cession partielle des participations détenues par les principaux actionnaires historiques du groupe à IFP Investissements : Michel Pingeot et sa famille, Gemmes Venture et Crédit Agricole Private Equity ainsi qu’une partie des salariés du groupe. À l’issue de l’opération, Michel Pingeot deviendra le deuxième actionnaire du groupe Heurtey Petrochem, derrière l’IFP.
Le transfert définitif des titres cédés (1 117 000 actions) sera effectué hors marché, après réalisation des conditions suspensives d’usage et de la réception de la déclaration de non-objection des autorités américaines compétentes dans un délai réglementaire de 90 jours, précise le communiqué de presse. La réalisation effective de l’opération donnera lieu à un nouveau communiqué.
Suite à cela, deux administrateurs sur six seront cooptés parmi des personnes proposées par l’IFP. Et les vendeurs convertiront au porteur toutes les actions dont ils resteront propriétaires après la réalisation. Il est enfin prévu, à titre de règle interne, que le conseil d’administration statue préalablement à la prise de décisions majeures (contrats importants, acquisitions, cessions de filiales).
Une actualité riche
Cette annonce vient renforcer le leadership d’Heurtey Petrochem dans son marché des fours de procédés. Le groupe est désormais bien taillé. Il faut dire qu’il bénéficie dorénavant de l’appui de Petro-Chem Development (PCD), société américaine qu’il a acquise fin mars et qu’il courtisait depuis longtemps.
Pour information, c’est ce rapprochement franco-américain qui oblige les autorités américaines à valider toute acquisition d’actifs jugés stratégiques par des acheteurs étrangers, en vertu de la loi fédérale dite Exon Florio à laquelle est soumise Petro-Chem Development.
En acquérant son principal concurrent américain PCD, Heurtey Petrochem, le groupe français est devenu « l’acteur de référence sur son métier au niveau mondial ». Cette opération de croissance externe est venue couronner « une période de croissance organique forte », avec l’implantation de filiales dans des zones stratégiques comme la Roumanie et l’Inde et la fermeture stratégique de son site italien.
Elle marque aussi l’accomplissement de la feuille de route que s’était fixée Michel Pingeot, en 2002 : « réorganiser le groupe en Europe, monter en puissance en Inde et prendre le contrôle de son homologue américain, Petro-Chem Development ».
Les atouts de PCD sont de deux ordres : son implantation dans un marché clé sur lequel le groupe français était jusqu’à présent absent et une meilleure profitabilité qu’Heurtey Petrochem.
En termes d’activités, Heurtey Petrochem, entendu dans son nouveau périmètre, peut se présenter comme le seul EPC capable de traiter tous les projets de grande taille et à posséder cette capacité technologique.
En termes financiers, cette acquisition devrait faire changer de dimension le groupe même si la direction ne se risque pas à faire de prévisions chiffrées. En 2006, l’EPC (Engineering Procurement Construction) américain a réalisé un chiffre d’affaires de 77,6 millions de dollars en 2007 pour un résultat d’exploitation de 6 millions (soit 7,7 % du chiffre d’affaires), un résultat net de 3,9 millions (5 % du chiffre d’affaires), ce sans endettement. Une rentabilité et une santé financière qu’Heurtey Petrochem a payé en numéraire (par recours à l’endettement) 25 millions de dollars et en émettant 150 000 nouvelles actions à destination de la famille Limpe, désormais actionnaire du groupe français à hauteur de 4,6 %.
Le rayonnement commercial d’Heurtey Petrochem est désormais mondial. Il commence à porter ses fruits. En début de semaine, Petro-Chem Korea, la filiale coréenne de PCD, a signé un contrat avec GS Caltex Corporation Ltd, l’une des principales compagnies pétrolières coréennes. Rappelons-nous en avril dernier, la direction d’Heurtey Petrochem, que nous avions rencontrée, nous présentait cette filiale coréenne comme une « pépite » - cette filiale avait contribué à hauteur de 26 % au chiffre d’affaires 2007 de PCD.
L’EPC français livrera donc sept fours de raffinage à GS Caltex Corporation Ltd en Corée. Ce projet « clé en mains » s’étalera sur une durée de 18 mois. Montant du contrat : 24,5 millions de dollars. Il porte à 58 millions de dollars le montant des commandes enregistrées par Petro-Chem Development sur le premier semestre.
Hormis ce « pied en Amérique », Heurtey Petrochem a également cherché à renforcer ses positions durant ces derniers mois. Le groupe a lancé début 2008 BETA Heurtey en Roumanie. Pour rappel, il s’agit d’une joint-venture créée à 50/50 avec le fabricant de fours roumain BETA, partenaire historique d’Heurtey Petrochem sur place. Cette opération va permettre au groupe de sécuriser environ la moitié de sa production afin de répondre à la demande.
Autre fait marquant de ce premier semestre : la signature en début d’avril d’un contrat inédit pour Heurtey Petrochem qui lui ouvre les portes de la Russie et devrait doper l’activité « Hydrogène ».
Ce contrat avec Taneco, filiale de Tatneft, compagnie nationale pétrolière de la République russe du Tatarstan, porte sur la livraison mi-2009 d’un four de production d’hydrogène de très grande capacité. Montant : environ 30 millions d’euros, qui devrait impacter positivement le chiffre d’affaires 2009 d’Heurtey Petrochem.
Au-delà, ce projet conforte la direction française dans la création d’une filiale en Russie cette année, pour viser un marché qui devrait être un important relais de croissance une fois que le potentiel aura été épuisé en Europe de l’Ouest.
Enfin, Heurtey Petrochem a relancé son projet de P2R (« Petroleum Residue Recycling ») qui consiste à traiter et recycler les hydrocarbures restant au fond des bateaux (selon des considérations à la fois de protection environnementale mais aussi d’optimisation de la matière première. Un premier pilote industriel de P2R devrait être installé à Malte dans le courant de l’année. Les premiers résultats sont attendus pour le premier semestre 2009. Mais, d’ores et déjà, cette technologie pourrait intéresser la Chine, notamment le port autonome de Shanghai.
Un exercice 2007 très satisfaisant
+ 51 % pour le chiffre d’affaires. + 107 % pour le résultat net par du groupe. En 2007, Heurtey Petrochem n’a pas failli.
Au titre de cet exercice, Heurtey Petrochem a affiché un chiffre d’affaires de 122,6 millions d’euros, en croissance de 51 %.
Le résultat d’exploitation a progressé de 57 % à 4,7 millions d’euros, soit 3,8 % du chiffre d’affaires, contre 3,6 % en 2006.
Le résultat courant a doublé à 4,8 millions d’euros pour, in fine, un résultat net part du groupe en augmentation de 107 % à 3,1 millions d’euros.
En 2007, la croissance d’ Heurtey Petrochem a été portée part l’activité « Fours de raffinage » qui a représenté 75 % du chiffre d’affaires, contre 22 % pour l’activité « Pétrochimie » et 3 % pour celle consacrée à l’hydrogène, qui fait son apparition dans le calcul.
Heurtey Petrochem a bien évidemment été alimenté par son activité historique de « Fours de raffinage ». 2007 a pleinement bénéficié du contrat indien Reliance, signé en 2006 et qui s’étalait jusqu’en juin. Ce contrat d’un montant de 100 millions d’euros portait sur la conception et la fabrication de 28 fours clés en main, destinés à la création d’une nouvelle raffinerie en Inde.
De facto, la zone Asie-Inde a représenté une part importante du chiffre d’affaires d’Heurtey Petrochem en 2007 (60 % contre 75 % en 2006). Ce contrat avec Reliance est aussi le signe de la montée en puissance de la filiale indienne d’Heurtey Petrochem, créée en 2005, et qui a signé quatre contrats propres au second semestre 2007.
Autre fait marquant de 2007 pour le groupe : le démarrage d’un contrat avec Exxon Mobil portant sur la livraison de fours de craquage d’éthylène à destination de leur unité pétrochimique située à Singapour. Ce contrat, d’un montant de 113 millions d’euros, a été lancé en juin 2007 et les dernières livraisons sont prévues pour mars 2010. Dans les chiffres, ce contrat majeur devrait peser très favorablement en 2008 et 2009. A noter qu’Exxon Mobil a déjà versé des avances client pour un montant de 20 millions d’euros au 31 décembre 2007. Montant qui est actuellement intégré dans la trésorerie nette du groupe (pour un total de 32,7 millions d’euros).
Si la zone Asie-Inde est restée prépondérante en termes de chiffre d’affaires en 2007, Heurtey Petrochem a néanmoins grossi sur d’autres marchés, ce qui devrait impacter sa répartition géographique du chiffre d’affaires 2008. Heurtey Petrochem s’est renforcé en Europe (de 18 à 22 % du chiffre d’affaires). Le groupe bénéficie là d’un marché porteur où les besoins de modernisation voire de remplacement des fours existants se font sentir. Il a notamment reçu sept contrats de la part de Total qui concerne aussi bien ses activités de raffinage (modernisation des fours en France et en Europe), de pétrochimie que d’hydrogène (pour équiper la raffinerie britannique de Total).
Heurtey Petrochem a également grandi au Moyen-Orient, passant de 3 % du chiffre d’affaires à 14 % en 2007. Il est resté stable en Afrique où il possède une filiale (4 % du chiffre d’affaires).
Un contexte 2008 particulier
Heurtey Petrochem fait aujourd’hui partie des sociétés reconnues mondialement dans la conception et la construction des fours tubulaires de procédé utilisés pour les industries du raffinage et de la pétrochimie. Pour information, la part des investissements dans les fours est estimée entre 6 % et 8 % dans le secteur du raffinage. Dans la pétrochimie, la part des fours représente 25 % de l’investissement.
La société française continue de conforter ses positions à l’international et son développement. « Heurtey Petrochem (…) poursuit une stratégie de développement ambitieuse, dans le but de devenir la référence mondiale en termes de fours de procédés sur les segments du raffinage, de la pétrochimie et de l’hydrogène », déclare la direction dans le dernier communiqué.
Le contexte lui est pour le moins favorable alors que la demande se renouvelle dans certaines régions, comme en Europe, ou se crée dans d’autres et que le groupe est désormais bien installé dans les zones les plus porteuses pour répondre à cette demande. D’une part, la surexploitation des capacités actuelles engendre une usure accélérée des fours d’où une hausse des programmes de maintenance des fours (500 millions de dollars par an). En outre, au cours des dernières années, les projets de raffineries et de pétrochimie ont été caractérisés par : l’augmentation de la taille, des spécifications plus contraignantes, des préoccupations environnementales accrues, des sources plus diversifiées de contractants et des demandes spécifiques (du sur-mesure).
D’autre part, le cours élevé du pétrole favorise la rentabilité du secteur du raffinage et suscite des opportunités d’investissements favorables, notamment par les grands groupes industriels, que ce soit dans les pays développés ou dans les pays émergents.
Le marché annuel mondial des fours pour les raffineries devrait évoluer aux environs de 2,2 milliards de dollars par an pour les cinq années à venir. Pour le marché de la pétrochimie, le marché mondial est estimé à 1,5 milliards de dollars.
Le groupe dit anticiper la poursuite de la croissance de son chiffre d’affaires et de sa marge, en 2008 et pour les exercices suivants, sur ses trois segments d’intervention.