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Article du 20/04/2017

Interview de Louis Thannberger à propos des évolutions du marché libre

Alors qu'une réforme et une refonte du marché libre se prépare, qui d'autre que Louis Thannberger pour en parler au micro de Jean-David Haddad. Une interview exclusive!

JDH : Mr Thannberger, bonjour. Nos lecteurs sont friands de vous lire, je n’en doute pas puisque votre interview réalisée dans les colonnes de Francebourse.com le 14 février 2016 a été l’interview la plus lue de toutes celles réalisées depuis plus de 5 ans ! Rappelons en quelques mots que vous avez participé à l’histoire économique française, en introduisant en bourse plus de 400 sociétés ! Soit plus de 20% des sociétés aujourd’hui cotées sur la bourse de Paris ! Mes chiffres sont-ils exacts ?

LT : Oui, c'est à peu près cela. Je suis fier d’avoir été honoré de la confiance de tant de chefs d’entreprises à travers la France, mais ça c’est le passé ! Le moment est venu de penser à l’avenir qui est de faire des TPE des PME, puis des ETI dont le nombre est tellement insuffisant en France.

JDH : Vous avez donc permis à de nombreuses sociétés d’être cotées sur la bourse de Paris. Et à des particuliers de faire fructifier leurs économies en prenant des risques. Evidemment, il y a eu des échecs, des chefs d’entreprises qui n’ont pas su naviguer, mais aussi beaucoup de réussites. Et comme en bourse, une société qui réussit voit son cours gagner facilement plus de 100% alors qu’une qui disparait voit son cours perdre 100% et jamais plus, on peut dire que c’est un jeu à somme gagnante pour l’investisseur, du moment qu’il y en a autant dans une catégorie que dans l’autre. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

LT : Le risque zéro n’existe dans aucun domaine. Si, l’on qualifie en droit une société de : personne morale, c’est qu’elle a un jour ou l’autre, les mêmes problèmes qu’une personne physique. Ne dit-on pas aussi : La Bourse ou la vie ? Or, la vie n’est pas non plus un long fleuve tranquille. Quoiqu’il en soit, participer à une aventure entrepreneuriale en achetant des actions d’une jeune entreprise dès son entrée en bourse, à la condition de ne pas la payer trop cher, est une démarche passionnante et enrichissante à tous égards. Il suffit d’être un peu patient. Regardez ce que sont devenues les : Ada, Artprice, Audika, Bastide, Boizel Champagne (Lanson) CIS, CRIT, Desjoyaux, Exel Industries, Guillin, Jeanjean + Laroche (Advini), Regional-Airlines (Air Caraïbes), Sogeclair, Sword etc.…

JDH : Vous arrive-t-il de vous tromper ?

LT : Oui trop souvent à mon gré. Mais, le plus important n’est-il pas de faire moins de fautes que les autres.

JDH: Est-ce que le Marché Libre est moins sûr qu’un Marché réglementé ou régulé, comme Euronext ou Alternext ?

LT : Bien sûr que non, en bourse, il n’y a de valeur que d’entreprises.
En 2014, parmi les 18 entrées en bourse sur Euronext, 14 sont dans le rouge et une en procédure de sauvegarde. Les 8 sur Alternext, 5 sont dans le rouge et 2 en procédure de sauvegarde.
En 2015, parmi les 15 sur Euronext, 10 sont dans le rouge, les 11 sur Alternext, 7 sont dans le rouge.
En 2016, parmi les 7 sur Euronext, 5 sont dans le rouge ou proche de zéro, les 9 sur Alternext, 6 sont dans le rouge ou proche de zéro.
Dans le domaine des introductions en bourse, comme ailleurs, c’est le "courtermisme" et l’immédiateté qui l’ont emporté sur la nécessité de durer dans le temps, mais, comme on le verra plus loin avec Spotify, la fin d’un système devenu malsain est proche. Résultat : le bilan des 3 dernières années est peu flatteur.

JDH : Quelles en sont les raisons ?
LT :Les entreprises ont été surévaluées et les levées de fonds surdimensionnées le 1er jour, l’industrie de l’argent était à la manœuvre.
• C’est deux, voire trois ans après une introduction en bourse que l’on juge de son succès, ou pas. Quoiqu’il en soit, on ne continuera pas d’attirer indéfiniment les mouches avec du vinaigre.
• Le nombre d’actionnaires individuels n’est pas passé de 7,5 à 3 millions et les introductions en bourse de plus de 100 à 25 en dix ans, par hasard. Dans la vie, il n’y a pas de hasard.
• L’industrie de la finance fait croire trop souvent que sous prétexte que le dossier est épais et qu’il a reçu le visa de l’AMF, l’opération est couverte par une assurance tout risque.

JDH : Que pensez-vous de l’introduction en bourse de Spotify, n° 1 mondial du streaming, programmée pour la rentrée et qui se ferait sans levée de fonds, sans vente de blocs de titres, pour les actionnaires existants, sans banque d’affaires ?

LT : Ce retour aux sources est un vrai bonheur, les investisseurs petits et grands sont furieux contre tous ces effets d’annonce du 1er jour et qui ne veulent strictement rien dire. Trop de communication, tue la communication. Si, l’AMF la régulait comme au temps jadis, je suis sûr que les cours baisseraient de moitié.
Au moment de l’introduction du Groupe SEB, la COB m’avait rappelé à l’ordre, pour avoir communiqué pourtant a minima, sous prétexte que nous nous servions de l’introduction en bourse pour promouvoir les produits du Groupe : Seb, Tefal, Calor. Les temps ont bien changé, les mœurs aussi !
Une introduction en bourse est et restera une affaire de crédibilité croissante, à laquelle le Marché Libre et la cotation directe se prêtent pourtant si bien. C’est nous qui l’avons inventée et la mettons depuis en œuvre sans interruption. En vendant quelques petits pourcentages au départ, à un prix raisonnable, le cours ne peut que monter durant les mois qui suivent, de sorte que tout devient possible : Une première levée de fonds raisonnable et même des cessions, qui ne le sont pas moins, pour le ou les propriétaires.

JDH : La plupart des sociétés que vous avez introduites le furent sur le marché libre. Aujourd’hui ce marché est tombé dans l’oubli et l’abandon. Nous en avions parlé l’an dernier. Mais un nouveau compartiment va être créé qui, parait-il, devrait donner un nouveau souffle à ce compartiment. Je n’en sais pas plus, ne m’étant pas penché sur la question, et nos lecteurs non plus. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

LT : Le Marché Libre, n’est pas tombé dans l’oubli, il est encore moins à l’abandon....

JDH : De mon point de vue, si! Il n'y a aucun volume significatif sur la plupart des sociétés côtées sur ce marché.

LT : Son rôle au service des TPE/PME, en vue d’une acclimatation en bourse progressive, est tout simplement irremplaçable. C’est la Bourse pour apprendre, la Bourse pour comprendre. Le Marché Libre est à la Bourse, ce que le tour de chauffe est à la Formule 1, il est aussi, comme au temps jadis, ce que le devancement d’appel était aux armées.
Je ne serais pas complet, si je ne disais pas, qu’elle a aussi comme autre vocation de permettre à un propriétaire d’entreprise de séparer le pouvoir : 51 % des pourcentages qui lui restent et qui ne servent à rien, si ce n’est à prendre chaque jour plus de risques, risque de tout perdre.
Bernard Streit, de Delfingen m’a dit un jour ceci : "Depuis que j’ai mis une partie du capital familial en sécurité, grâce à l’introduction en Bourse, je suis redevenu, comme chef d’entreprise, d’autant plus audacieux."

JDH : Je reviens à ma question : pouvez-vous nous parler de la réforme du marché libre? Comment imaginez-vous la place qu’aura ce compartiment dans 2 ans, face à Alternext ? Et dans 5 ans ?

LT : Le prédécesseur du président actuel d’Euronext m’a écrit qu’il était un compartiment stratégique pour l’entreprise de Marché. J’ai rencontré depuis son président actuel : M. Stéphane Boujnah. Il est lui aussi très attentif au sort qu’Euronext entend lui réserver. Une réforme est en cours, oui, vous avez raison d'en parler et je vous en remercie. Je crois savoir que l’on en connaîtra les contours fin avril, début mai. L’idée est de lui redonner du lustre, en créant en son sein un segment premium, qui porterait le nom de Gold. In fine, le Marché Libre abriterait donc deux rubriques : le standard et le Gold. Ce dernier serait une sorte de réincarnation du Second Marché, dont le succès est resté gravé dans toute les mémoires et qui a fait que plus de 600 TPE/PME émanant de toutes les régions de France aient pu accéder très jeunes et très tôt au marché boursier. Sans le Second Marché, la Place de Paris n’aurait déjà plus de grain à moudre. Il a donc participé ô combien, au renouvellement du tissu boursier, question de survie pour Paris.

JDH : Sera-t-il de nature à redonner à notre marché financier le dynamisme qui lui fait défaut et que vous regrettiez dans notre dernière interview ?

LT : S’il y a 650 entreprises chinoises qui sont sur liste d’attente à Shanghai et Shenzhen, je sais, pour sillonner la France à longueur d’année, que le Marché Libre, standard et Gold, pourrait en accueillir une trentaine par an. Tout cela, parce que le climat autour des introductions en bourse s’est aussi sensiblement amélioré. Rien qu’au cours du 1er trimestre 2017, elles ont doublé dans le monde (377) et phénomène nouveau, la moitié relève de l’industrie, des matériaux, des produits de consommation et donc non plus seulement des technologiques et biotechs.
Bref, je lis çà ou là que la crédibilité d’une Place se juge à la qualité de son régulateur, j’ajoute pour ma part, que le dynamisme d’une Place, se mesure au nombre d’entreprises nouvelles, petites surtout, qui franchissent le pas chaque année.
Il est démontré dans tous les pays, que les entreprises cotées avancent plus vite que celles qui ne le sont pas, il est prouvé aussi, que la Bourse est un instrument magique, pour faire que des TPE deviennent plus rapidement des PME et les PME des ETI – avec plus-values pour leurs actionnaires à la clef - et dont la France manque cruellement. Elle n’en dénombre que 5000, deux fois moins que l’Italie et trois fois moins que l’Allemagne.
La Bourse est aux entreprises ce que le GPS est à l’automobile, elles progressent plus rapidement certes, mais surtout font moins de fautes. Elle leur éclaire la route pour les faire entrer dans la cour des grands. Quant au Marché Libre qui met les TPE/PME très tôt en mouvement, je dirais aux lecteurs de FranceBourse, qu’il me fait penser a du crowdfunding coté, la transparence pour les chefs d’entreprises et la valorisation du portefeuille titres des actionnaires individuels, en plus. Le Marché Libre, c’est le blé en herbe.

JDH : A quand les premières introductions ?

LT : A l’heure où sont écrites ces lignes, IPO N° 1, dans la perspective précisément de la réforme du Marché Libre, prépare 10 entrées en bourse nouvelles en 2017 : 7 françaises, 2 allemandes, 1 belge, ainsi qu’une grande première en France.

JDH : Merci beaucoup de cet entretien. Nous ne manquerons pas de suivre ce futur compartiment !

Francebourse.com


 
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