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Article du 08/05/2020

Interview du banquier d'affaires Sebastien Thiboumery, sur les conséquences de la crise

Jean-David Haddad, qui a édité le "roman financier" MONEY GAME en 2019, via sa maison d'édition JDH EDITIONS, interroge aujourd'hui l'auteur de ce roman, par ailleurs banquier d'affaires, qui tient, comme toujours à garder l'anonymat.

JDH : Mr Thiboumery, il y a un an vous avez publié le "roman financier" Money Game (www.jdheditions.fr), qui fait découvrir au lecteur les coulisses du monde des gérants de fonds. A la fin de ce roman, vous envisagiez une crise financière qui débutait sur fond de crise pétrolière. Est-ce que la crise qui a commencé pourrait être celle envisagée dans votre roman?

Sebastien T : La crise financière décrite à la fin de Money Game débute par une guerre entre l'Iran et l'Arabie Saoudite après que le Yémen ait réussi à détruire des infrastructures pétrolières en Arabie Saoudite. La conséquence est une envolée des prix du pétrole provoquant un retour de l'inflation, suivi d'une hausse des taux des banques centrales et un effondrement du système financier à cause du poids de la dette.
La crise économique et financière découlant de la gestion sanitaire du covid-19 est différente dans le sens où la dette ne semble plus être un problème grâce au soutien inconditionnel des banques centrales qui sont passées du bazooka à l'arme nucléaire. Nous nous dirigeons ainsi vers une japonisation du monde avec une croissance faible et une forte hausse de la dette publique qui ne sera jamais remboursée grâce aux banques centrales qui fournissent la liquidité. Tant que l'activité économique sera quasi à l'arrêt, le prix du baril va rester à un niveau bas, mais il ne faut pas exclure une hausse lorsque les politiques expansionnistes des banques centrales et des Etats commenceront à produire leurs effets. De plus, les Etats souhaitent un retour au « souverainisme économique », ce qui signifie davantage de relocalisations qui devraient amener à une augmentation des coûts de production. Si l'inflation repasse au-dessus des niveaux cibles des banques centrales, leur politique accommodante pourrait changer.

JDH : C'est donc surtout la zone Euro qui risque d'être impactée...

Sébastien T : Nous risquons effectivement d'assister dans les prochaines années à une désagrégation de la zone euro. Le pacte de stabilité a déjà été suspendu par la commission européenne et la crise liée au covid-19 a renforcé les dissensions déjà vives entre les pays d'Europe du Nord (Allemagne en tête) et du Sud (Italie en tête). Début mai, la Cour constitutionnelle allemande a rendu un jugement sévère demandant à la BCE de justifier son programme de rachat d'actifs. La BCE a répliqué en expliquant être sous la juridiction de la Cour de justice européenne. Ces tensions se reflètent dans l'écart de taux entre les emprunts d'Etat allemands et italiens qui se sont creusés davantage. Une crise économique et sociale majeure s'annonce en Italie et on voit mal comment leur tissu productif pourra s'en sortir sans recourir au protectionnisme ou sortir de l'euro. C'est cette deuxième issue qui est envisagée dans Money Game.

JDH : Vous avez travaillé dans des grandes banques d'affaires, et vous tenez à garder l'anonymat. Quel est le climat actuellement dans ces milieux?

Sébastien T : De nombreuses banques ont annoncé la suspension des licenciements durant la pandémie. Dont acte. Mais ce n'est que reculer pour mieux sauter. Il faut donc s'attendre à une large vague de départs d'ici la fin de l'année ou début 2021 ainsi qu'à une baisse des bonus. De nombreuses banques, notamment françaises (BNP Paribas, Société Générale...) ont passé des provisions importantes pour affronter la récession et les risques de défauts de crédits. Des programmes de réductions de coûts ont été lancés et de nombreux emplois vont disparaître dans les mois qui viennent.

JDH : Pensez-vous que le krach subi par les marchés au mois de mars n'est que la première étape d'une longue phase de baisse comme en 2001/2002 ou en 2007/2008?

Sébastien T : Comme le disait Lénine : « Il y a des décennies où rien ne se passe et des semaines où des décennies se produisent. » Nous avons connu une décennie quasi-ininterrompue de croissance économique et de hausse des marchés. Le covid-19 a joué le rôle de force de rappel auprès d'investisseurs qui ont pêché par excès de confiance. Ces derniers ressemblent au coyote dans le cartoon Road Runner and Wile E. Coyote qui, après avoir dépassé la falaise, continue à marcher dans le vide, pensant le faire le plus longtemps possible. Mais cette fois, ils ont réalisé leur erreur en regardant en bas, pour plonger dans le vide. Avec la crise liée au covid-19, les comptes de résultats vont être plombés et seules les entreprises avec un bilan suffisamment solide traverseront cette crise. S'il est difficile de prévoir l'évolution des marchés, on peut d'ores et déjà constater une accentuation de la dichotomie entre les valeurs de qualité et de croissance qui surperforment (santé et technologie) et les valeurs value (plus cycliques) qui sous-performent (énergie, finance, aéronautique et industrie des matériaux de base). Cet écart devrait perdurer en raison du manque de visibilité quant au timing et à la vigueur de la reprise économique.

JDH : Envisagez-vous d'écrire une autre fiction qui se passe dans le monde financier?

Sébastien T : Tout à fait. Dans Money Game, je raconte de l'intérieur ce qui se passe dans les grandes maisons de gestion qui investissent votre argent. Dans ma prochaine fiction, «Le bal des vampires et autres nouvelles du petit monde de la finance» je raconte plusieurs histoires didactiques sur le thème de l'argent et de la bourse (certaines sont inspirées de faits réels) qui doivent amener le lecteur à réfléchir, sans oublier de se divertir.

JDH : Un grand merci pour cette interview!

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