Le chêne. C’est ainsi que l’on pourrait traduire, de l’anglais, l’acronyme qui sert désormais à désigner le géant des airs russe, OAK. La Corporation aéronautique unifiée ou UAC, qui a vu le jour en Russie fin 2006, réunit une vingtaine de grandes sociétés russes, spécialisées dans la construction d’avions civils et militaires, parmi lesquelles Sukhoï (à 100 %), Tupolev (à 90,8 %), Iliouchine (à 86 %). Seul Antonov, resté sur le sol ukrainien, manque à l’appel.
Ce n’est pas seulement une holding de plus dans le paysage économique européen. Il s’agit là d’une nouvelle étape dans la « kremlinisation »de l’économie par Vladimir Poutine. Ainsi, après avoir mis à sa botte ses géants gaziers comme Gazprom ou Rosfnett, le Kremlin entend se constituer une force de frappe dans l’aéronautique.
Ce projet visant la renaissance de la construction aéronautique en Russie a été approuvé à tous les niveaux. Ce qui n’a rien d’étonnant puisque la sécurité et la capacité défensive du pays dépendent directement de la concentration des ressources industrielles, financières et intellectuelles en vue de concevoir et de fabriquer des avions civils et militaires.
Le parc aéronautique russe vieillissant a également besoin d’être actualisé car selon certaines estimations, dans dix ans, la Russie n’aura plus aucun avion de ligne.
Pour autant, l’industrie aéronautique russe bombe à nouveau le torse et claironne sa détermination à rejoindre prochainement les rangs des tous premiers constructeurs mondiaux.
L’objectif est de hisser la Russie au troisième rang des pays constructeurs d’aéronautique, ont déclaré à plusieurs reprises ces derniers mois le président russe Vladimir Poutine et l’un de ses dauphins supposés, le premier vice-Premier ministre russe et ministre de la Défense Sergueï Ivanov.
Le gouvernement a dédié 6 milliards de roubles (235 millions d’euros) par an d’investissements directs au secteur dans son budget 2008-2010. Le président russe vient en outre de parapher la création d’une holding de moteurs d’avions.
Ce fort soutien politique et financier va permettre de porter d’ici 2025 la production nationale d’avions civils et militaires à plus de 4 500.
Pour l’heure, l’industrie russe ne représente que 1% du marché mondial des avions civils et de transport et devra se hisser à 10-12 % en 2025, a récemment indiqué le président du conseil d’administration d’OAK
Le projet-phare en la matière est l’avion régional Superjet, dont le constructeur Soukhoï espère vendre 800 exemplaires d’ici à 2024, dont 300 en Russie et 500 auprès des compagnies étrangères. Son premier vol est prévu en fin d’année.
Parallèlement, OAK prévoit « d’élargir ses partenariats » avec les constructeurs occidentaux Boeing et Airbus. Le groupe russe sera fixé « d’ici la fin de l’année » sur son degré de participation dans le projet d’avion long courrier A350 d’EADS. Il poursuit par ailleurs sa coopération commerciale avec l’américain Boeing pour le Superjet et prévoit de collaborer aussi avec lui dans le domaine des nouvelles technologies et des matériaux composites.