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France : Vincent Bolloré, capitaine d’industrie

Article du 11/05/2007
Il est incontournable dans le monde du business. Le devient dans l’univers des médias. Et pourrait intégrer la scène politique. Son amitié pour le Président nouvellement élu, Nicolas Sarkozy, à qui il a prêté son yacht pour quelques heures de vacances dans les eaux de Malte, a catapulté Vincent Bolloré sous le feu des projecteurs. Et donc des critiques.
Pourtant bien connu dans le milieu des affaires, Vincent Bolloré n’en reste pas moins un trublion mystérieux, qui déroute ou suscite l’envie, tout comme son solide navire économique, construit pièce par pièce.

La flotte Bolloré

Du haut de ses tours à Puteaux – ville voisine de la mairie de Neuilly-sur-Seine, chère à Nicolas Sarkozy -, Vincent Bolloré dirige un groupe pluriel, qui a à la fois un pied dans les médias et la communication, la main sur des participations financières et est assis sur des capacités industrielles enviables, héritage du premier métier de la famille Bolloré.
Le savoir-faire dans le papier à cigarettes (OCB pour Odet-Cascadec-Bolloré) s’est en effet au final transformé dans des métiers de haute technologie et pour certains à haute valeur ajoutée tels que les batteries électriques – un pari risqué mais suivi par EDF–, les films plastiques pour condensateurs avec des usines en Bretagne, en Chine et aux Etats-Unis, les papiers minces pour l’impression (le papier bible par exemple)…
A cela s’ajoutent des activités baroques dans la logistique internationale, le transport, de fret maritime – depuis l’assaut mené au début des années 90 contre la compagnie maritime Delmas, … « Les bons marchés sont ceux auxquels personne ne croit », avait un jour déclaré au magazine Challenges le capitaine Bolloré.
L’homme a construit un véritable conglomérat. Son groupe trône en champion tricolore de la diversification. Il touche également aux plantations tropicales (Société Internationale de Plantation d’Hévéas, SIPH, et Plantations des Terres Rouges, PTER), aux lignes ferroviaires et au commerce de cigarettes en Afrique francophone, à la gestion du port d’Abidjan (Côte d’Ivoire), à la distribution de produits pétroliers en France au travers de Bolloré Energie, qui exploite aussi un oléoduc et des dépôts pétroliers, les Tramways du Var… Le groupe est également le leader mondial de l’équipement des grands réseaux de transports en terminaux de billetterie, de lecture et de contrôle d’embarquement et d’accès, via la filiale IER.
Le dicton « il ne faut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier » n’a jamais été aussi bien incarné que par Vincent Bolloré.

Un « raider » habitué des gros coups

L’industriel d’origine breton est devenu un véritable homme d’affaires, formé à la finance au sein de la Compagnie Financière Rotschild. Son groupe – issue de la société familiale qu’il rachète à la Compagnie financière Rothschild pour 1 Franc en 1981 alors qu’elle est au bord du naufrage –, est une cascade de holdings financiers soigneusement contrôlés. Et lui est devenu « un as du Monopoly ».
Et ses coups (les raids) boursiers ont beaucoup fait parler de lui depuis une dizaine d’années. En 2005, Vincent Bolloré s’est même invité au tour de table du sixième groupe publicitaire mondial Havas (raflant 25,4 % du capital et le poste de numéro un) et de l’anglais Aegis (25 % du capital également, de quoi être actionnaire majoritaire), suscitant une vive polémique mais témoignant surtout de son appétit de conquête dans le secteur des médias et de la communication, qu’il affectionne tout particulièrement depuis son opération éclair sur Pathé en 1998, mais surtout depuis le lancement de son « bébé cathodique », Direct 8, sur la TNT, et de ses journaux gratuits.
A l’heure où les écrans sont devenus incontournables, Vincent Bolloré a amassé dans les médias une liste à la Prévert : acquisitions dans la production (il détient 10 % de Gaumont), dans les studios de tournage et les prestations de services (la société de Production et prestations audiovisuelles, entrée dans le giron Bolloré à l’occasion de sa privatisation en 2001), dans l’édition et la diffusion vidéo, dans l’exploitation cinématographique (avec le célèbre cinéma parisien, le Mac Mahon).
Aujourd’hui, le Groupe Bolloré, c’est aussi une radio, Radio Nouveaux Talents.

Un capitaliste atypique

Le « petit prince du cash-flow » est devenu milliardaire. D’ailleurs classé 451e fortune mondiale selon le magazine Forbes.
Le financier multiplie également les accointances politiques, amicales ou familiales. Les médias n’ont pas manqué de rappeler ces jours derniers que son épouse est la sœur de la femme du sénateur UMP Gérard Longuet, ex-ministre et ex-président de conseil régional.
La récente escapade médiatique de la famille Sarkozy à bord d’un Falcon 900 EX de l’homme d’affaires puis sur son yacht de 60 mètres n’a pas fini de faire parler de Vincent Bolloré. Si la gauche a fustigé ces « vacances de milliardaire », Vincent Bolloré s’est dit lui « honoré » d’accueillir le tout nouveau Président de la République, une « tradition dans la famille Bolloré », a-t-il assuré, en citant l’accueil de « Léon Blum plusieurs semaines dans son manoir, au retour de captivité » (à Buchenwald pendant la Seconde guerre mondiale, ndlr) – une affirmation démentie par des membres de la famille de Léon Blum – ou de « Mohammed V de retour (d’exil, ndlr) de Madagascar avant qu’il ne devienne roi du Maroc ».
Son rôle de flibustier, redouté, jalousé, trahi parfois, a fini par surclasser celui d’industriel besogneux. Pourtant, au total, Vincent Bolloré génère un chiffre d’affaires de 5,4 milliards d’euros (2005) et emploie près de 33 000 personnes.
« C’est un homme d’histoires longues et de coups. Il faut le regarder de manière décalée », analyse Alain Minc, qui lui sert souvent de boîte à idées.
Formé à la finance au sein de la Compagnie Financière Rotschild, Vincent Bolloré en maîtrise tous les arcanes. L’homme d’affaire a la volonté de développer son conglomérat par autofinancement, utilisant la dette avec parcimonie. Certes, endetté le groupe dispose d’actifs non stratégiques rapidement cessibles. Vincent Bolloré, ce « jongleur d’actifs », n’a jamais investi plus de 10 % de ses actifs dans une même activité.

Francebourse.com – Alexandra Voinchet
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