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Interview exceptionnelle de Fabien Labrousse par Jean-David Haddad

Article du 03/06/2024
Quand deux acteurs des médias boursiers indépendants de la place de Paris se rencontrent!
Tandis que Fabien Labrousse, fondateur de VideoBourse a interviewé Jean-David Haddad, fondateur de Francebourse.com (www.youtube.com) en avril, JDH a souhaité que les lecteurs de Francebourse.com puissent aussi découvrir ce patron de média indépendant et hors des clous.

C'est donc à une interview fleuve que se livrent les deux hommes, où beaucoup de choses sont abordées, y compris la vision de Fabien sur l'avenir des marchés.

Une interview unique et exceptionnelle menée par JDH, pour Francebourse.com.



JDH : Bonjour Fabien Labrousse. Vous êtes devenu, avec VideoBourse, un acteur incontournable du microcosme des médias indépendants qui parlent de bourse. Pouvez-vous, en quelques phrases, revenir sur VideoBourse : depuis quand, ce que vous faites exactement, etc. ?

Fabien Labrousse : Bonjour, merci à FranceBourse, à Jean-David Haddad, ainsi qu’à Clémentine (JDH Editions) de m’accorder cette interview. J’ai créé VideoBourse en 2007 en parallèle de mes études à l’université en administration économique et sociale en licence. Licence que je n’ai pas terminée puisque le site a tout de suite marché. J’étais un précurseur sur le segment vidéo relative à la Bourse, c’était les tout débuts de YouTube, je pense que cette plateforme a été créée en 2005-2006, donc 2007, c’était vraiment la période de développement et de forte croissance. Cela a tout de suite attiré des sponsors et du business de faire des vidéos sur la Bourse. Ce type de vidéos sur Internet était novateur pour l’époque car c’était surtout la télévision ou les chaînes privées qui relayaient l’information au format vidéo, le reste se faisait à l’écrit. Il y avait pas mal de forums, d’échanges, de discussions ; bien sûr, les médias traditionnels comme FranceBourse existaient déjà et les plus gros comme Boursorama, qui était à la base plutôt de l’information avant de devenir rapidement une banque, qui a été racheté ensuite. Voilà un petit peu la période, l’environnement et le contexte dans lesquels j’ai créé VideoBourse.
En parallèle de mes études d’administration économique et sociale, je m’intéressais vivement à la Bourse. Avec cet afflux d’informations que l’on avait sur Internet, il y avait une certaine énergie et découverte. On progressait énormément en tant que particulier. Je pense qu’aujourd’hui, les particuliers, au sens large, sont beaucoup mieux informés. Ce ne sont pas forcément des meilleurs résultats mais c’est peut-être en voie d’amélioration au fil des dernières années. En tout cas, pour ce qui est du trading, de l’investissement actif, les résultats des particuliers ont été mauvais, et le sont encore, même si des règles ont été fixées au fil du temps, notamment en 2015 avec le SMA et la réduction des effets de levier parce que globalement, l’utilisation de cet effet pour le grand public et notamment les débutants est souvent un piège. À terme, cela peut devenir des produits qui sont intéressants, bien sûr, comme les produits dérivés et cela ouvre des perspectives. Cependant, c’est une classe d’actifs sur lesquels il ne faut surtout pas se précipiter. Il faut travailler avec les bons acteurs et les bonnes conditions.
En tout cas, avec VideoBourse, j’ai pris ma caméra et je suis allé à la rencontre de ceux qui savent, donc des professionnels de différents horizons. Dans un premier temps d’un point de vue naïf, et au fil du temps de manière plus aguerrie, en parallèle de ma progression personnelle dans la compréhension des mécanismes qui attraient à la finance de marché.

Donc habituellement, c’est vous qui interviewez les autres. D’ailleurs, vous m’avez récemment interviewé au sujet de JDH Éditions et de FranceBourse. Ça vous fait quoi quand VOUS êtes interviewé ?

Être interviewé, ça permet de donner son point de vue et non pas seulement de chercher l’information, donc c’est la feuille inversée. C’est intéressant comme positionnement et je me suis pas mal prêté à l’exercice depuis quelques semaines, puisqu’avec la sortie du livre, il y a bien sûr une dimension de promotion qui l’accompagne, donc j’ai fait 4-5 médias assez spécialisés. D’autres belles interventions vont peut-être arriver dans des médias plus grand public tels que B Smart ou BFM Business, mais c’est encore en discussion. Avec Benoit, mon co-auteur, nous sommes passés dans différents médias spécialisés de qualité, pour des formats courts ou longs. C’est un exercice qui est plaisant. En tant que médias, on a des choses à dire et il y a de très grands financiers, investisseurs, traders, gérants de hedge funds dans l’Histoire qui sont passés, soit à leurs débuts, soit à un moment dans leur carrière, par le côté information.

À l’origine, qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à la Bourse ?

Au tout début, ce qui m’a amené à m’intéresser aux actions, c’est le fait que lorsque j’étais au lycée, mon père nous achetait des actions à mes frères et moi. Je voulais donc savoir ce dont il s’agissait, et pour cela, je suis allé sur des forums, principalement Boursorama dans un premier temps, puis des forums un peu plus spécialisés. Je me suis passionné pour le côté dynamique, parce que quand on investit son argent sur des actions, on veut connaître la société et cela nous amène à essayer de comprendre son business model, ses motivations, sa structure et ses objectifs, s’il y a du potentiel en termes de développement de business…
La Bourse est à la croisée de bien des disciplines et cela nous force à toujours être au-devant de l’innovation, à la fois d’un point de vue financier, car il y a toujours de nouveaux produits, de nouvelles manières de concevoir et de créer du concept autour des actifs et des sous-jacents. À la fin, on en vient toujours à l’offre et la demande, il faut être là où ça s’excite.
Moi, depuis 2007 où j’ai commencé, dans un premier temps, c’était bien sûr la crise des subprimes de 2007-2008, donc c’était l’explosion d’une bulle entre taux d’intérêts et immobilier et justement innovation financière ainsi qu’un manque de régulations. Avec tout ça, pour comprendre ce qu’il se passe, on est obligé de creuser, et à chaque fois que l’on veut aller plus loin, on le peut, car on n’a jamais fini d’apprendre en finance de marché, c’est ce que tout le monde m’a dit, peu importe leur âge, leurs compétences ou leurs cursus. C’est ce qui revient, on n’a jamais fini d’apprendre en finance de marché et on ne finira jamais d’apprendre puisqu’on est toujours au cœur de l’innovation. Il y a donc un côté stimulant, à la fois des rêves de gains financiers potentiels avec une activité scalable, donc, avec un certain savoir-faire que l’on peut développer, déployer à beaucoup plus grande échelle en levant du capital ou en allant le chercher, et à la fois une stimulation intellectuelle de l’activité.

Vous interviewez des gens qui ont forcément des approches très différentes des marchés financiers : traders, acteurs des marchés, institutionnels, etc. À partir de ces opinions différentes, vous construisez votre propre opinion ?
Si oui, quelle est-elle aujourd’hui sur la tendance à venir des marchés ?
Question bateau mais incontournable, vous vous en doutez…


Concernant ma conviction par rapport à la tendance du marché et ma propre opinion, effectivement, la vision que j’ai aujourd’hui du marché est forgée par ces rencontres. Un point important pour réussir sur les marchés, c’est d’être humble. Tous les acteurs de marché ne sont pas forcément humbles, mais en tout cas, face au marché en lui-même, il faut l’être. Le marché, on n’a jamais fini de l’étendre. C’est vrai qu’au début, quand j’ai démarré, j’avais une vision peut-être très étriquée de ce qu’était la Bourse, alors qu’aujourd’hui je comprends que tout est marché, quelque part. Il y a toujours une offre et une demande, que l’on parle de marchés financiers ou d’échanges commerciaux, mais même au sens plus large, il y a une offre et une demande pour la culture, la politique ou les différentes activités de la vie. On retrouve cette notion d’offre et demande que l’on ne peut pas nier.
Après, on peut aller plus loin. Je lis maintenant pas mal d’économistes qui ont développé des pensées. Certains ont en partie essayé d’échapper à cette logique de marché, mais cela n’a pas bien fonctionné en tant que régime politique. Même si cette logique de marché est critiquable, même d’un point de vue politique, le capitalisme à gagner, parce que c’est visiblement le meilleur compromis, le plus efficace et le plus confortable pour les sociétés, au niveau du confort des individu et du développement.
Je suis né en 1989, c’est un peu symbolique puisqu’il y a l’effondrement du mur de Berlin. Moi, j’ai vécu dans une ère capitaliste. Tout ça pour dire que mon point de vue est globalement haussier sur les marchés financiers. Je pense que quand on commence à penser long terme, on ne peut être que haussier… Je pense que toutes les grandes fortunes et les grandes aventures capitalistiques ou individuelles de personnalités de premier plan, desquelles on peut s’inspirer – en ce moment, les stars, ce sont Elon Musk, Bernard Arnault, et par le passé, il y en avait d’autres ; dans le futur, il y en aura d’autres – sont toujours des gens optimistes qui exploitent au mieux la puissance du capitalisme pour servir des projets. C’est une vision qui est optimiste. Après, ce qui est difficile sur les marchés, c’est de timer, et nous, en tant qu’investisseurs, c’est ce qu’on aimerait faire ou en tout cas trouver des palliatifs pour tout de même tendre vers la performance ; tout à l’heure, je parlais de la performance moyenne du S&P 500 dont le benchmark, c’est 9 % annuel, qui est quand même un rendement très puissant si l’on arrive à le tenir réellement dans la durée et que l’on prend du recul sur un horizon de plusieurs décennies, c’est un type de rendement qui peut vraiment être impressionnant quand on commence à entrer dans la logique d’intérêts composés. Certains arrivent même à le surpasser. On dirait que les meilleurs arrivent à tendre vers les 20 %, après c’est quelques-uns, et ceux qui arrivent à le tenir sur le long terme deviennent souvent des légendes. Il y en a de moins en moins.
Il y en a très peu qui shortent. Il y a quelques gérants américains qui le font en spéculant à la baisse, mais en général, ce sont plutôt des aventures court terme. Je pense que l’on ne peut pas être réellement drivé en spéculant sur un mauvais scénario. Il faut être porté par plus qu’uniquement la volonté de faire du profit et cela ne peut se traduire qu’en étant optimiste. L’avantage aussi d’être optimiste, c’est que l’on est dans le même bain que tout le monde. On est dans le sens du système. Tout le système est fait, et c’est bien normal, pour soutenir la croissance des entreprises. On parlait tout à l’heure d’assurance-vie ou les PEA et les différents dispositifs, ce sont des décisions politiques qui sont là pour que les choses se passent bien et pour soutenir l’économie.
Moi, j’ai globalement un point de vue haussier de très long terme. Après, pour timer le marché où l’on est aujourd’hui, on est déjà actuellement sur des plus hauts historiques, que ce soit aux États-Unis ou en Europe. On peut aussi tendre vers les marchés émergents, mais je ne vais pas commencer à débattre là-dessus. Sur les gros marchés occidentaux, on est actuellement très haut. En fonction de ses obligations, si on doit déployer du capital maintenant, je dirais que, pour éviter d’avoir à timer le marché, il faudrait diviser son investissement et l’étaler dans le temps. La méthode DCA, c’est quelque chose qui a été largement présenté, popularisé au fil des dernières années, et c’est quelque chose de cohérent. Si on considère que l’on a une grosse somme qui arrive, on peut peut-être la diviser en 10, voire en 20, et rentrer, par exemple, une fois par mois ou une fois tous les deux mois, voire une fois par trimestre, donc à ce moment-là ça étale sur plusieurs années l’entrée sur le marché et donc on ne se pose pas la question du timing. On aura des points hauts de marché ou des points bas, et donc un cours moyen d’entrée. Après, c’est toujours très difficile de prévoir ce que va faire le marché. Par contre, rationnaliser les choses avec une approche probabiliste, c’est quand même quelque chose de plus simple, et sur le temps long, on a peu de chances de se tromper, notamment en investissant en appliquant ce type de logique sur des indices, car les indices vont intrinsèquement éliminer les mauvais, les actions les plus faibles, pour en intégrer des nouvelles, meilleures. On peut toujours, quand on investit dans les single stocks, se retrouver dans des situations qui peuvent être très délicates sur des entreprises spécifiques, avec des fraudes, des choses inattendues. Par contre, avec la logique indicielle, c’est beaucoup moins le cas, on se protège bien. Après, on est toujours soumis aux éventuels risques macroéconomiques et évènements très surprenants, comme l’a été dernièrement le Covid ; même s’il y a eu une remontada incroyable, mais sur le coup, c’était un gros krach qui était tellement rapide qu’il a finalement été le vecteur d’entrée massive en bourse. On a eu beaucoup de nouveaux arrivants en 2020. Après, il y a des épisodes, des krachs beaucoup plus inquiétants, anxiogènes, comme en 2007-2008 justement, où à un moment, on a bien cru à une implosion du système financier.
Une des raisons d’être positionné à l’achat sur le temps long, c’est que, de toute façon, individuellement, on est tous pris dans le système. Quand bien même le système devrait exploser, on serait tous concernés. À ce moment-là, il faudrait recréer quelque chose, et je ne doute pas que l’humain trouverait de nouvelles opportunités. On est presque obligé de se tourner sur le temps long vers l’achat de l’économie au sens large, et ça passe via l’achat des actions d’entreprises, mais ça peut aussi passer par d’autres choses.
Après, sur la manière de concrétiser cette conviction de long terme, et de la nuancer, de la contrebalancer aussi, et peut-être de se couvrir quand on sent qu’on est trop haut sur les marchés, là par contre, il faut quand même idéalement comprendre les logiques des produits dérivés ou au moins des deux principaux : les futures et les options. À partir de là, on peut déjà bâtir des très belles choses. Entre comprendre actions, obligations, taux d’intérêts sur devise et puis futures et options, là, on a déjà de merveilleux outils pour exprimer des vues de marché, et ensuite, à chacun de faire son bonhomme de chemin.

Vous, personnellement, quelles sont les approches que vous privilégiez ? Plus techniques que fondamentales ?

Concernant les approches que je privilégie, cela a été évolutif en 17 ans. De la séquence de mes 18 ans à mes 26 ans, j’étais très agressif et plutôt directionnel à trader soit les actions, les CFD indexés sur indice ou le Forex avec de l’effet de levier, et donc j’avais parfois des rendements phénoménaux et des pertes, tout ou partie du capital. Cela a créé un rythme et une certaine inertie car, en parallèle de ce trading, je développais VideoBourse. L’important pour un entrepreneur, c’est aussi de créer et d’enclencher le moteur, de créer ce mouvement, cette inertie. C’est une période que je ne regrette pas, mais qui était très vive. En parallèle de ça, j’étais moi-même très mobile, comme je n’avais pas d’obligations particulières. J’ai beaucoup voyagé.
C’était une période de jeunesse agréable, mais d’un point de vue trading, ce n’était pas forcément le plus efficient. C’est important dans la vie d’un investisseur de commencer tôt. J’aurais pu optimiser les choses de ce côté-là. C’était des visions beaucoup trop courtermistes.
Ensuite, de mes 26 ans à mes 32 ans, j’ai eu une approche tournée vers les produits dérivés, donc toujours avec de l’effet de levier mais moindre. C’était les produits dérivés centralisés que sont les options et les futures, principalement indexés sur le S&P 500. C’était très sympa mais encore assez agressif et très prenant à différents niveaux. Après, j’ai aussi eu des évolutions, j’ai fondé ma famille donc j’ai eu besoin d’avoir une approche un peu plus tranquille petit à petit, notamment avec la remontée des taux ces deux dernières années, j’ai placé une grande partie de mon épargne, notamment en dollars pour tendre vers le taux sans risques US qui avoisine les 5 %. C’est encore effectif à l’heure où je vous parle, même si les taux vont certainement rebaisser au fil des prochains mois, bien que cela reste à confirmer parce qu’on l’attend depuis le début de l’année.
En parallèle de cette position de change, je couvre cette position en dollars par des vente de puts sur l’eurodoll notamment, sans augmenter mon risque, sans effet de levier, en encaissant des primes, simplement en limitant mon gain potentiel, ce qui permet de tendre vers 7 % - 8 % de performance annuelle, ce qui est très bien avec du pur monétaire. Ça, c’est ce que je fais. Je ne me ferme aucune porte. J’ai aussi surfé sur la bulle et l’explosion et le développement des cryptomonnaies parce que sur VideoBourse, dès 2013, on a commencé à parler de bitcoins et de cryptomonnaies. À partir de 2016-2017, jusqu’à 2022, il y a vraiment eu un sacré engouement et des performances remarquables avec de l’investissement assez simple de moyen/long terme.
À titre personnel, je ne me ferme pas de porte et je regarde vers l’avenir à la recherche de la prochaine innovation. Je ne suis pas de toutes les batailles, par exemple je suis passé à côté de l’investissement relatif à l’intelligence artificielle, notamment sur Nvidia alors qu’on en a longuement parlé sur VideoBourse. Je n’ai pas sauté le pas.

Vous venez de publier chez Gualino, qui est mon ancien éditeur avant que je ne crée JDH Éditions, un livre d’interviews. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Effectivement. "Marchés en aparté" est un livre que j’ai co-écrit avec Benoit Fernandez-Riou, qui est consultant chez BNP Paribas CIB (Corporate & Institutional Banking). C’est une très belle opportunité parce que c’est un éditeur de qualité. Je n’ai pas connu monsieur Gualino, mais je sais que vous et les plus anciens l’avez tous connu et qu’il avait l’air d’être un personnage fédérateur et important de notre secteur. En tout cas, je sais que c’est une très belle maison d’édition. J’y ai été introduit par Benoit.
On a écrit un recueil d’interviews de 21 personnalités, professionnels ou particuliers de qualité, de profil divers, du secteur de la finance de marché. On va avoir des personnalités jeunes, voire très jeunes puisqu’on a quelqu’un que vous connaissez bien chez JDH Éditions, Thomas Andrieu, qui a apporté son témoignage et qui vient d’intégrer un Master très prestigieux à Dauphine, le 203. Il se dirige vers une belle carrière dans le monde financier ou économique. On a des personnalités d’expérience, comme Daniel Cohen de Lara, Laurent Albie de l’AFATE – avec qui vous collaborez pour la collection des Essentiels de l’AFATE – après, on a Bernard Prats-Desclaux. On a des personnalités qui passent régulièrement dans des médias financiers et que l’on a l’habitude de retrouver, notamment Éric Lewin, Philippe Bechade, le co-fondateur de l’AFATE et le grand pionnier de l’analyse technique, Thierry Bechu, que l’on a placé en première interview dans ce livre. Ce fut un pionnier à une période, que je n’ai pas connue, où l’analyse technique a changé la donne puisqu’auparavant on parlait surtout d’analyse financière et fondamentale. Avec l’émergence et la démocratisation de l’informatique et d’Internet, l’étude des graphiques est devenue quelque chose de normal, qui peut paraître banale aujourd’hui, mais qui constituait à l’époque une révolution. C’était intéressant d’avoir son retour d’expérience et la manière dont il l’a vécue. Aujourd’hui, il travaille pour un fonds. Après, on a des personnalités diverses comme Pascal Trichet, Philippe Lhermie, des spécialistes sur les classes d’actifs comme les options puisqu’on a Paul Marcel, Sofien Kebir qui est un trader de grande expérience. Voilà, des profils divers.
L’objectif du livre était d’amener un côté intimiste et d’avoir des retours de carrières et d’expériences sur les marchés financiers avec un rapport à la réalité de l’humain. C’est un domaine où on a des passionnés, même beaucoup de passionnés en finance de marché, que ce soit dans les salles de marché ou pour ceux qui gèrent leur épargne. Quand on commence à mettre les mains dans le moteur, on a des passionnés. C’est un livre de passionnés avec des profils très divers. À la fois, cela permet de rendre compte de la diversité des profils qui gravitent autour de ces produits, parce qu’au final, on parle tous des mêmes sous-jacents mais avec des métiers, des approches et des parcours de vie propres à chacun.
On a aussi deux femmes dans cet ouvrage, Véronique Riches-Flores qui a un parcours d’économiste, notamment en grande banque, à la Société Générale et après au sein d’instituts privés de grande qualité, et Karen Peloille, spécialiste d’Ichimoku qui a largement contribué à la popularité de ce type d’approche qui est désormais largement utilisée en analyse technique.
Je vous invite vivement à le découvrir, il est disponible dans toutes les bonnes librairies.

D’autres projets de livres en vue ?

Pourquoi pas un tome 2. Moi, j’en serais ravi.
C’est beaucoup de travail et ce n’est pas forcément un business model direct, mais c’est une très belle carte de visite. C’est aussi l’occasion d’être au contact d’acteurs de grande qualité ; pour un média, c’est important.
J’attends les chiffres de ventes pour voir si l’éditeur est satisfait. On fait un travail de promotion en ce moment autour de ce livre. J’espère que cela va payer. Les retours sont bons, donc je n’ai pas d’inquiétude. Si le livre marche, j’ai déjà des suites en tête, donc pourquoi pas : Dérivés en aparté, Brokers en aparté et d’autres métiers. Ça peut être très marrant, très sympa et très concret justement d’avoir des retours de témoignages. Dérivés en aparté, cela serait plutôt des professionnels de salles de marché qui nous parlent de leur retour d’expérience quant au trading de dérivés, l’expansion et parfois les contractions du marché ou l’évolution de ce dernier. Dans le cadre de Brokers en aparté, il y a à la fois les brokers institutionnels et les brokers à destination des particuliers. C’est surtout un métier de commercial, de sales, de mise en relation et je suis certain qu’il y aurait des anecdotes qui seraient très marrantes, très sympas, et que de très beaux acteurs joueraient le jeu.
Donc oui, j’ai des idées de prochains ouvrages.

Des projets quant à l’évolution de VideoBourse ?

Comme j’ai eu beaucoup de projets en cette année 2024, je veux déjà essayer de les faire vivre, la sortie du livre en étant un premier exemple. Une fois qu’on a sorti le livre, tu le sais très bien, il faut le faire vivre, et là on est dans cette phase donc je me concentre là-dessus.
En parallèle, il y a la structure par VideoBourse qui est cette série de formation, mois après mois. Il faut recevoir de bons intervenants, organiser et aussi trouver des participants, ça passe par un certain savoir-faire et faire-savoir. Pour l’instant, je me concentre là-dessus, c’est déjà beaucoup de travail.
Tout cela sous l’égide et le soutien de ProRealTime. J’ai une grande fierté de travailler avec cette belle et grande boîte de technologie orientée finance, une boîte française, avec une soixantaine d’employés, et dont l’outil, la plateforme est reconnue de grande qualité en France et à l’international avec de grands développements à venir, auxquels je contribuerai au mieux, en tant que partenaire.

Observez-vous, dans votre audience, plus de jeunes et plus de femmes, comme on a pu le constater sur le salon d’André Malpel ?

Dans mon audience, oui, il y a des jeunes et des jeunes vraiment brillants. On a Adrien, par exemple, qui vient de terminer ses études et qui a réussi à obtenir un CDI en salle de marché dans une très grande banque française avec un desk au Portugal. C’est original, mais en finance de marché et dans les métiers du front office, il y a beaucoup d’appelés et très peu d’élus. Ça me fait vraiment plaisir pour Adrien parce que je l’ai vu faire son cursus depuis trois ans maintenant, au travers des différents stages et de l’excellent parcours scolaire qu’il a eu parce qu’il était major de sa promotion. Il a réussi à mettre un pied et une fois que l’on met ce pied après on bosse dur. Au vu de la détermination qu’il a, je n’en doute pas. Ce sont des métiers hyper intéressants, on est vraiment au top en matière de trading et au cœur de la machine financière, de la création des produits quand on est en salle de marché de grandes banques. Les rémunérations sont aussi excellentes, surtout après quelques années avec une grande part de variable, donc c’est ultra stimulant. Ça, ça me fait vraiment plaisir, pour citer un jeune.
Quelqu’un d’autre qui est très jeune, on a parlé de Thomas Andrieu qui rejoint un super Master à Dauphine, donc qui est promis à une belle carrière.
Après, tout le monde ne fait pas forcément les meilleurs cursus et les plus élitistes d’un point de vue académique, donc on a aussi des plus jeunes qui essaient de se former. Souvent – mon discours pour ceux qui ont de 18 ans à 25 ans – c’est vrai que quand on s’intéresse à la Bourse, pour beaucoup d’entre nous, on arrive souvent avec des rêves plein la tête et beaucoup veulent se diriger vers le trading en tant que particulier. En réalité, c’est extrêmement difficile. Il vaut mieux entreprendre et, en même temps, gérer ses investissements, et la vie nous dira si on peut y consacrer plus d’énergie. Quand ils sont très jeunes, j’essaie un maximum d’orienter vers les cursus académiques, en étant réaliste avec leurs capacités parce que les choses se dessinent assez tôt à l’école. Jean-David, je pense que tu le sais bien, puisque tu es professeur. Pour les jeunes, c’est surtout ça mon discours.
Oui, il y en a pas mal qui veulent faire du trading, mais pas forcément par les bonnes portes. Après, on entre par la porte par laquelle on entre, c’est déjà bien de s’intéresser au marché. Il faut faire attention parce qu’une fois que l’on rêve, il y a offre et demande, et les particuliers sont souvent les dindons de la farce et ils trouveront des brokers en face pour leur vendre du rêve. Ça, il n’y a pas de problème, mais pas forcément avec de bons résultats à la fin. Il faut être réaliste sur ses objectifs et se donner les moyens de tendre vers une situation intéressante, convenable et qui se rapproche de ses objectifs tout en collant à la réalité du business.

Pour les femmes, franchement, j’en ai assez peu dans mon entourage professionnel. C’est vrai que c’est plutôt un métier masculin, en tout cas le trading et la finance active donc en salle de marché, etc. Il y a quand même pas mal de femmes. Il y a des initiatives qui sont faites pour diversifier, mais j’ai l’impression que les femmes sont plus tournées, du côté de la finance, vers les métiers comme M&A (Mergers and Acquisitions) qui est la fusion-acquisition, ceux qui touche à la compliance, mais il y a bien sûr des contre-exemples.
Pour être franc, je pense que dans mon environnement professionnel, ce doit être à peine 10 %, et même plutôt 5 %, de femmes, et 90 %-95 % d’hommes. Je ne peux pas vraiment dire que je constate un changement.

On voit un rajeunissement du côté des salons, ça c’est certain. De toute façon, il y aura toujours des jeunes. Là, il y a eu le boom des cryptos, il y a eu 2020 et le Covid, le confinement qui ont amené toute une nouvelle génération de nouveaux arrivants sur les marchés parce qu’ils ont eu beaucoup de temps pour prendre en main leur épargne. Il y a de nouveaux acteurs qui poussent aussi dans ce sens. Il y a toujours des jeunes, et je pense qu’il y aura toujours des jeunes sur les marchés financiers, mais cela peut prendre des chemins et des virages que l’on n’imagine pas. Je pense qu’en 2008, même si c’était les débuts, personne ne connaissait les bitcoins et les cryptomonnaies. Aujourd’hui, c’est un pan et c’est une réalité dans le paysage financier qui a été un peu couronnée et certifiée puisqu’il y a eu au fil des dernières années les futures du CME et CBOE, indexés sur bitcoins et ethereum. Désormais, on a un ETF (Exchange Traded Fund), donc les plus grands émetteurs du monde proposent un ETF indexé sur le bitcoin, peut-être bientôt sur l’ethereum. On ne sait pas de quoi sera fait l’avenir, mais en tout cas, je suis confiant quant au rajeunissement perpétuel et à l’arrivée de nouveaux participants sur les marchés financiers.

Croyez-vous au proverbe « quand votre boucher s’intéresse à la Bourse, c’est là qu’il faut vendre » ?

Pourquoi pas ? En tout cas, c’est vrai que quand un secteur, sur lequel on souhaitait investir, devient tellement populaire que même la personne la plus éloignée de l’investissement en bourse sait qu’il faut acheter, cela veut dire que, de toute façon, énormément de gens se sont déjà positionnés. Or, pour qu’un marché continue à monter, il faut qu’il y ait de nouveaux acteurs et on a un nombre d’acheteurs limité, donc c’est une phrase qui se vérifie.
Après, cela dépend quoi. Je dirais que cette phrase est vraie quand on a des phénomènes de bulles ou d’innovations majeures comme les cryptomonnaies ou par exemple en ce moment par rapport à l’intelligence artificielle. Quand, à un moment donné, tout le monde va parler de Nvidia, ce qui est un peu le cas d’ailleurs, ce n’est plus le moment de rentrer. Moi, en tout cas, je n’achèterais pas de l’action Nvidia maintenant. Il y avait tellement de temps pour le faire, alors tant pis. Peut-être que l’action va encore prendre 20 %-30 %, et du coup ces déclarations m’auront fait passer à côté d’un certain manque à gagner, mais sans aucun regret. Sur des titres spécifiques ou des secteurs spécifiques, je suis totalement d’accord avec cette phrase.
Par contre, si on entre et que l’on parle de la logique indicielle, ce qui est toujours compliqué, c’est de timer. Aujourd’hui, c’est assez commun de dire qu’il faut acheter le marché. On est sur des plus hauts, les ETF aident à faire cela de manière passive, mais pour autant je ne pense pas que ce soit forcément bon. À un moment donné, on aura une correction, vive, comme on en a tous les 8-10 ans. On aura une baisse de 20 % à 50 % du marché, ça c’est inévitable. Il faudra voir comment réagissent, à ce moment-là, les acteurs qui sont arrivés en force en 2020 et qui n’en ont pas connu, puisqu’ils sont arrivés au moment du confinement, au moment de la crise. Ils sont rentrés assez bas sur le marché et il est tout le temps sur des plus hauts. Or, le moment où il va y avoir les moins 20 %-50 %, il faudra voir comment ils se comportent.
Le pire, c’est de céder à la panique et de vendre au moment du pic de volatilité. Il arrive que ce soit des ventes forcées parce que les gens utilisent du levier. Les particuliers qui utilisent du levier, je ne sais pas si on peut le dire texto dans une interview écrite, mais c’est « le piège à cons », si on veut faire simple. Prendre du levier ça peut être bénéfique, mais il faut vraiment savoir le faire, et ça c’est ce qu’il y a de plus délicat. Quant à ceux qui rentrent sans effet de levier mais qui paniquent, pareil, l’Histoire montre que ce sont les pires décisions. Tu le disais d’ailleurs dans notre interview, Jean-David : les bons coups en bourse se font avec la volatilité. Il y a un autre dicton connu qui est : « Acheter au son du canon, vendre au son du clairon » qui revient à quelque chose d’assez similaire, même si c’est différent du proverbe.

Ma réponse n’est pas binaire, mais sur un secteur, une bulle donnée, je suis assez d’accord avec ce proverbe. Par contre, au sens plus large, c’est tellement dur de timer le marché que pour du long terme, ce n’est pas grave d’acheter haut ou d’acheter bas. Ce qu’il faut, c’est acheter et tendre vers ce rendement moyen de 9 %. C’est le rendement annuel moyen des marchés actions depuis plus de 100 ans.

Croyez-vous que nous arrivons à cette situation de marché aujourd’hui ?

Non, franchement je ne pense pas qu’on soit, là tout de suite, face à une crise. De toute façon, les cygnes noirs, on ne peut pas les prévoir. On est toujours guetté par des mauvaises nouvelles ; du côté de la Russie, ça peut vite partir en vrille ; du côté de la Chine et de Taïwan, ça peut partir en vrille. Mais là, tout de suite, je pense que le marché peut continuer à monter dans le sens où les taux étaient élevés et sont élevés actuellement. Ce qui fait d’autant plus de munitions pour les banques centrales pour soutenir les marchés.
À moins d’évènements totalement inattendus, de toute façon actuellement pas du tout pricés par le marché, pour moi, le marché pourrait continuer à monter. Il pourrait continuer à monter encore plusieurs années. À un moment donné, ça va se gripper, mais, là tout de suite, je ne vois pas forcément d’ombre majeure au tableau. Il peut y en avoir bien sûr, des États sont surendettés. Pour le moment, la musique joue et je ne vois pas d’éléments qui me permettraient de penser qu’à l’horizon de quelques semaines, quelques mois, on ait une grosse correction. Toute chose égale par ailleurs.
Par contre, plus on regarde loin dans le temps, plus les probabilités de voir un risque se concrétiser dans ce laps de temps s’accroissent. À un moment donné, on l’aura. Si je veux parler concrètement, un horizon 5 ans, et même un horizon 3-4 ans, c’est probable qu’on ait une correction très forte de plus de 20 %. C’est vraiment très probable. Par contre, que cela arrive dans les prochains mois, je n’ai pas de signaux qui me l’indiquent. Avec ces taux élevés, les banques centrales vont baisser les taux, et avec des politiques monétaires plus accommodantes, eh bien on aura du soutien aux marchés actions, d’autant que ces marchés sont sur des plus hauts. Ils sont surtout tirés par quelques titres ou quelques secteurs, mais l’ensemble du marché peut encore avoir de la performance potentielle. Ce n’est pas tout le marché qui va profiter de cette hausse. On peut voir à la fois le verre à moitié vide en se disant que les quelques titres, les Magnificent Seven aux États-Unis, les GAFAM ou quelques titres du luxe en France, ont trop monté et que l’on va avoir une correction. À l’inverse, on peut se dire qu’il y a une partie du marché qui est à la traîne et qui va pouvoir un peu rattraper.
Honnêtement, je ne suis pas inquiet, à court terme. On verra !

Merci Fabien, au nom des lecteurs de FranceBourse.com !

Retranscription réalisée par Edico (JDH EDITIONS) pour Francebourse.com
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