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Dossier Spécial : la fusillade de Virginia Tech relance la polémique sur la possession d’armes aux Etats-Unis

Article du 19/04/2007
Chaque année, entre 30 000 et 40 000 citoyens américains meurent par arme à feu.
« Tous les dix-neuf mois, près de 45 000 Américains tués par balle, autant que pendant les neuf ans de guerre au Vietnam », écrit Gilles Delafon, auteur de Violente Amérique (1995).
Des chiffres impressionnants qui trahissent à la fois un certain sentiment d’insécurité et de tension dans le pays mais sont surtout la résultante de l’histoire américaine.

La possession d’armes à feu, un droit pour les Américains

Car la possession d’une arme est un droit aux Etats-Unis. Un droit inscrit dans la constitution. Le IIe amendement stipule qu’une « milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ».
Cet amendement est même inscrit dans la Déclaration des droits, communément appelée Bill of Rights. Il date tout de même du 15 septembre 1791, époque décisive pour la conquête du territoire américain, marquée par les affrontements avec les Indiens, et de la Révolution américaine face aux Britanniques.
Cet amendement est bien évidemment l’objet de nombreux débats mettant aux prises les partisans et les adversaires des armes à feu en vente libre. Pourtant, il constitue un pilier important de la société et de la politique américaine.
Ainsi, aux Etats-Unis, circuleraient plus de 200 millions d’armes à feu, dont 20 millions de gros calibres. Il y a même vingt fois plus de commerces d’armes que de Mac Donald’s dans le pays. Les trois quarts des marchands d’armes n’ont même pas de boutique et vendent à domicile.

Les fusillades dans les campus universitaires, une spécificité américaine

Ce n’est pas tant la détention d’armes – il faut bien évidemment un permis pour avoir le droit de porter une arme, permis facilement délivré en moins de deux heures d’ailleurs si le détenteur dit avoir un casier judiciaire vierge – que leur disponibilité qui pose problème. Car les faits dramatiques montrent souvent que de jeunes personnes voire des enfants peuvent facilement mettre la main sur une arme à feu.
Même les dessins animés incitent les plus jeunes. Il suffit juste de citer South Park où l’on voit de petits êtres méchants et égoïstes jouer avec des armes à feu jusqu’à ce que le sang gicle.
Selon la dernière enquête, en 2000, du National School Safety Center, organisme qui lutte contre la violence dans les établissements scolaires, 20 % des lycéens étaient venus en cours avec une arme et 60 % affirmaient n’avoir aucun problème pour s’en procurer une. Depuis 1992, les écoles américaines ont enregistré 295 morts par arme à feu et 61 par arme blanche.
En Virginie, selon Benoit Muraciolle, chercheur pour Amnesty International et responsable de la campagne « Control arms », cité par Libération, il est possible d’acheter une arme à partir de 12 ans, ceci sans l’accord des parents. D’ailleurs, dans cet Etat rural, la législation est l’une des plus libérales en matière de contrôle des armes : l’acquéreur n’est soumis à aucune exigence d’enregistrement ni de formation, il est seulement limité à l’achat d’un pistolet ou fusil par mois.
La fusillade de Virginia Tech n’est malheureusement pas sans rappeler des faits similaires. La plus connue étant la tuerie du lycée de Columbine, à Littleton, dans le Colorado, en 1999, qui avait fait 12 morts en plus des deux tireurs. Une absurdité dénoncée par Michael Moore dans un documentaire qui avait fait le tour du monde : « Bowling for Columbine », et été primé au Festival de Cannes.
L’Europe n’a connu que deux cas de fusillade en milieu scolaire en dix ans, contre cinq aux Etats-Unis, explique pour L’Express Nicole Bacharan, historienne spécialiste des Etats-Unis et auteur de Pourquoi nous avons besoin des Américains.
Dans « Bowling for Columbine », Michael Moore s’y fait le chantre de la dénonciation de la fascination qu’ont les Américains pour les armes à feu. Il étudie aussi les dérives des mythes états-uniens, le « rêve » américain et le « melting pot » d’une société plurielle, martyrisée par les attentats du 11 Septembre 2001 qui lui ont révélé ses propres failles et qui n’est plus aujourd’hui qu’un « salad bowl », une juxtaposition de cultures versant dans le communautarisme.
A coup d’images choc, de vérités et d’un savant talent de mise en scène, Michael Moore dénonce aussi l’emprise des médias qui ne montrent qu’un côté de l’histoire. Un documentaire qui bien évidemment n’a pas plus à tout le monde, au premier rang desquels les tenants de l’industrie de l’armement aux Etats-Unis, qui possède de puissants lobbies.

La puissance des lobbies des industriels de l’armement

Le plus connu s’appelle la National Rifle Association (NRA). Il compte près de 4 millions de membres qui tous considèrent que toute tentative de réglementation est une violation de leurs libertés constitutionnelles et une atteinte à leur credo sécuritaire. Au nom du slogan « Ce sont les criminels qui tuent, et non les armes », la NRA s’est déjà distinguée, au début des années 90, en combattant l’interdiction des revolvers en matériaux composites, indécelables aux entrées d’aéroport.
Ses énormes fonds de campagne, la mobilisation quasi militaire de ses activistes, capables de bloquer le standard du Congrès en une demi-journée, suffisent pour faire réfléchir les élus. « Étroitement associée à la frange conservatrice du Parti républicain, (il) a dépensé 400 000 dollars par semaine contre le candidat démocrate John Kerry durant la présidentielle de 2004 », rapporte le Figaro.
Cependant, de nombreuses associations luttent pour durcir la législation dans ce domaine. « Après la tuerie de Columbine, en 1999, le débat sur la libre détention des armes avait déjà repris, à l’initiative des mères de familles, explique Nicole Bacharan. Le jour de la fête des mères de l’an 2000, elles avaient organisé à Washington la « Marche d’un million de mères » en signe de protestation. Parmi elles, défilait celle qui est aujourd’hui candidate à l’investiture démocrate pour la présidentielle, Hillary Clinton. »
Alors que le mandat de George Bush touche à sa fin et que les prétendants à sa succession commencent à intégrer la scène médiatique, on peut penser que cette fusillade devrait alimenter la campagne électorale américaine.
Pourtant, Nicole Bacharan reste « pessimiste : si des améliorations sont adoptées, elles seront très réduites. » On est loin de la prise de conscience d’autres pays. En Australie par exemple, une législation sévère sur les armes à feu a été adoptée après une fusillade en 1996, où un homme muni d’un fusil semi-automatique avait abattu 35 personnes.
Aux Etats-Unis, les victoires remportées contre les lobbies de l’armement le sont à l’arraché. L’idée d'une réglementation des importations des fusils d’assaut, mitraillettes et autres armes de guerre est née en 1989, après qu’un déséquilibré armé d’un kalachnikov tue cinq personnes dans la cour de récréation d’une école de Los Angeles. Il faudra ensuite attendre 1993 pour que les versions automatiques de 19 armes de guerre soient bannies du territoire américain.
En 2007, au lendemain de la fusillade la plus meurtrière des Etats-Unis, à Washington, la porte-parole adjointe de la Maison Blanche Dana Perino a estimé qu’il était aujourd’hui trop tôt pour rouvrir le débat sur le contrôle des armes. « Le président pense que les gens ont le droit de porter des armes et que toutes les lois doivent être respectées. S’il y a des changements dans notre politique, nous vous le dirons », a-t-elle précisé.

Francebourse.com - Alexandra Voinchet
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