Quelle est la taille optimale d'un portefeuille? Quand l'anthropologie pénètre la finance
Article du 11/01/2026
Pourquoi trop diversifier… et trop concentrer sont deux erreurs symétriques
En matière de gestion de portefeuille, deux idées reçues s’affrontent et se neutralisent mutuellement.
La première, très répandue, affirme que plus on diversifie, mieux c’est.
La seconde, très séduisante intellectuellement, surtout chez les traders, prétend exactement l’inverse : moins on a de lignes, plus on est performant, à condition d’être “bon”, discipliné, concentré, voire courageux.
Ces deux idées sont fausses.
Et ce qui est intéressant, c’est qu’on retrouve exactement les mêmes illusions dans le monde du sport, en particulier dans les sports de combat.
Première illusion : “plus on diversifie, mieux c’est”
Cette idée vient de la finance académique et des modèles théoriques. Elle repose sur une vérité partielle : la diversification réduit le risque spécifique.
Mais poussée à l’extrême, elle produit l’effet inverse :
– dilution de la performance,
– incapacité à arbitrer,
– inertie croissante,
– portefeuille devenu administratif plutôt qu’opérationnel.
Un portefeuille sur-diversifié n’est pas sécurisé : il est paralysé.
Seconde illusion : “moins on a de lignes, plus on gagne”
Cette idée est très populaire chez certains investisseurs ou traders “radicaux”. Elle repose sur une autre croyance : si je suis très concentré, très discipliné, très intelligent, je vais battre le marché avec peu de positions.
C’est l’équivalent exact, dans le sport, du discours qui consiste à dire : peu importe la taille ou la morphologie, si vous avez la technique et les muscles, vous gagnerez toujours.
C’est faux.
Dans les sports de combat, la réalité est implacable : un combattant très petit peut être excellent, mais il est structurellement désavantagé face à un adversaire plus grand, plus lourd, plus long. Et très souvent il perdra.
La technique ne supprime pas les lois physiques.
Elle les optimise, mais ne les abolit jamais.
En finance, c’est pareil.
Un portefeuille trop concentré :
– est hyper dépendant de quelques scénarios,
– encaisse très mal l’erreur,
– transforme la moindre mauvaise décision en traumatisme,
– pousse mécaniquement à l’émotion et à la précipitation.
La concentration extrême ne crée pas la surperformance. Elle crée surtout la fragilité.
La clé n’est donc ni l’hyper-diversification, ni l’hyper-concentration
La clé est ailleurs.
Elle se trouve dans une loi fondamentale que la finance ignore trop souvent, mais que la biologie et la physique connaissent très bien : la loi du carré-cube.
La loi du carré-cube : une loi physique, pas une opinion
La loi du carré-cube, connue depuis des siècles, explique un phénomène simple : quand une structure grandit, sa surface (donc sa capacité d’action, d’échange, de puissance) augmente selon le carré de sa taille, mais son volume (donc son poids, son inertie, sa complexité) augmente selon le cube.
Autrement dit : la puissante augmente plus vite que la taille mais la masse augmente plus vite que la puissance.
C’est pour cela que :
– une fourmi peut porter plusieurs fois son poids,
– un humain adulte est beaucoup plus fort qu’un enfant,
– mais qu’il n’existe pas d’êtres humains de 3 mètres capables de se mouvoir efficacement et que King-Kong est un mythe car il ne serait pas viable (pour une taille de 9 mètres il ferait 30 tonnes).
À partir d’un certain seuil, la structure s’effondre sous son propre poids.
Pourquoi cette loi s’applique parfaitement à un portefeuille
Or, un portefeuille est une structure vivante.
Quand il grandit intelligemment :
– la diversification augmente,
– les probabilités de capter des performances asymétriques augmentent,
– les chocs sont mieux absorbés,
– la régularité s’installe.
La puissance du portefeuille augmente plus que proportionnellement à sa taille.Mais seulement jusqu’à un certain point.
Le portefeuille trop petit : rapide, agile, mais vulnérable
Oui, un portefeuille trop concentré, avec trop peu de lignes :
– est nerveux,
– réactif,
– parfois spectaculaire à court terme,
– mais structurellement fragile.
Il vit chaque drawdown comme une menace existentielle.
Il dépend excessivement de quelques dossiers.
Il est psychologiquement coûteux à gérer.
C’est l’équivalent d’un combattant très petit : rapide, technique, mais exposé au moindre choc.
Le portefeuille optimal : la zone de puissance
Il existe une zone optimale, exactement comme dans le corps humain.
Dans les sports de force ou de combat, on observe empiriquement que la puissance maximale se situe dans une zone précise — ni trop légère, ni trop lourde.
Au-delà, tout se dégrade : mobilité, endurance, coordination.
Elle se situe autour d'une taille de 2 mètres à 2 mètres 20. Au-dessus, la structure s'écroule très vite.
C'est déjà la taille d'un géant mais sans exagération. Au-dessus, l'individu s'effondre sur lui-même.
Pour un portefeuille, c’est exactement la même chose.
Dans cette zone optimale qui est celle d'un portefeuille à rallonge, mais sans excès absolu :
– la diversification joue son rôle protecteur,
– chaque ligne a encore un impact réel,
– les arbitrages sont efficaces,
– les ventes partielles créent des effets de cliquet,
– le cash s’accumule naturellement avec le temps.
Le portefeuille devient maniable, capable :
– d’amortir une baisse,
– puis de rebondir plus fort que le marché.
Le portefeuille trop grand : quand la masse tue la performance
Au-delà d’un certain nombre de lignes, le portefeuille devient trop lourd.
Quand chaque ligne pèse moins de 1 % :
– renforcer ne change rien,
– couper est symbolique,
– la performance se dilue,
– la gestion devient bureaucratique.
C’est le portefeuille “trop grand pour combattre”. C'est Robert Wadlow, 2m72, mort à 22 ans car son corps ne pouvait pas tenir.
Il impressionne sur le papier, mais il ne crée plus de surperformance.
La vraie protection sur un portefeuille ce n’est pas d’éviter la baisse. Oui, un point fondamental doit être rappelé :
-Le but n’est pas d’éviter toute baisse.
-Le but est de l’amortir, puis de rebondir plus fort.
C’est exactement ce que permet un portefeuille bien dimensionné :
– structuration,
– ventes partielles,
– montée progressive du cash,
– protections ponctuelles quand les narratifs se tendent.
Comme un corps bien structuré, le portefeuille encaisse, plie, puis repart.
Conclusion : bâtir un portefeuille, c’est bâtir un corps
Un portefeuille n’est ni une théorie abstraite, ni une collection de lignes.
C’est une architecture vivante, soumise à des lois physiques implicites :
– inertie,
– masse,
– maniabilité,
– puissance réelle.
La surperformance ne vient ni de la dispersion excessive, ni de la concentration héroïque.
Elle vient de l’équilibre structurel.
Comme dans la nature, ce sont les structures immenses certes, mais équilibrées (l'éléphant sur le règne terrestres) et malgré tout non extrêmes qui durent, s’adaptent… et dominent.
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