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Bulle spatiale : bientôt la fin?

Article du 28/05/2026
Voici l'article :

Il existe, dans l'histoire des marchés, un schéma qui se répète avec une régularité presque mécanique. Ce schéma, théorisé par l'économiste Charles Kindleberger et repris par Hyman Minsky, découpe la vie d'une bulle spéculative en trois phases distinctes. Le graphique de Rocket Lab (RKLB), l'un des titres emblématiques du secteur spatial, en offre aujourd'hui une illustration si parfaite qu'on la dirait tirée d'un manuel.

La première phase est celle du déplacement. Le marché identifie un changement structurel — en l'occurrence, la privatisation de l'accès à l'espace et l'émergence d'une économie orbitale. Les investisseurs les plus avisés se positionnent. Le titre double. La hausse est régulière, ordonnée, presque discrète. La foule ne regarde pas encore. Sur Rocket Lab, cette phase s'étend de 2023 à mi-2024 — un +100% que personne ou presque n'a remarqué dans le grand public.

La deuxième phase est celle de l'accélération. Le narratif s'installe dans la presse financière, les premiers analystes publient des objectifs de cours ambitieux, les flux entrants grossissent. Le titre double à nouveau, mais cette fois plus vite, avec des volumes en expansion et des corrections de plus en plus courtes. Sur Rocket Lab, c'est la séquence mi-2024 à début 2025 : encore +100%, mais avec une pente nettement plus agressive. Le boom est là.

La troisième phase est celle que nous vivons en ce moment. C'est la phase d'euphorie. Le titre ne monte plus — il décolle verticalement. La pente du graphique change de nature : ce n'est plus une tendance, c'est une éjection. Les gains ne se comptent plus en mois mais en séances. Les valorisations perdent tout ancrage avec les fondamentaux. Et surtout, le secteur tout entier bascule dans une logique de contagion narrative : tout ce qui porte le mot « space », « orbital » ou « aerospace » monte, indépendamment de la réalité de chaque entreprise. On achète un mot, plus un business.

Le catalyseur de cette phase terminale est identifié et daté : l'introduction en Bourse de SpaceX, prévue le 12 juin, pour une valorisation comprise entre 1 750 et 2 000 milliards de dollars. C'est l'événement boursier de la décennie. Chaque jour qui nous en rapproche intensifie le flux acheteur sur l'ensemble du secteur spatial coté. Les ETF spatiaux collectent massivement. Des titres sans revenus bondissent de 15 à 20% par séance. Des sociétés qui n'ont plus rien à voir avec le spatial mais dont le nom contient « Astro » voient leur cours exploser. Nous sommes, pour utiliser un terme clinique, en phase maniaque.

La question que pose le graphique est inscrite en orange : « ?% ». Personne ne sait quelle sera l'amplitude de cette dernière jambe haussière. Elle peut être spectaculaire — c'est d'ailleurs presque toujours dans la phase d'euphorie que se réalisent les gains les plus rapides et les plus importants en valeur absolue. C'est aussi dans cette phase que les pertes qui suivront seront les plus dévastatrices pour ceux qui seront entrés les derniers.

Jean-David HADDAD
Francebourse.com
Bourse, Finance

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